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Céline - la critique

Un ange à ma table

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- Durée : 1h27mn
- Sortie : 1er avril 1992

Oeuvre méconnue, Céline est un magnifique poème élégiaque et panthéiste bénéficiant d’une superbe photographie et d’une musique divine. Cocteau et Bresson ne sont pas loin !

L’argument : Céline, jeune femme au bord du suicide, est recueillie par Geneviève, infirmière qui l’apaise et la soigne en lui apprenant les techniques de relaxation. Céline prend goût à ces exercices et se perd en méditation. Mais bientôt des phénomènes étranges se passent en elle et autour d’elle.

Notre avis : Alors qu’il vient de connaître un gros succès public en révélant le talent dramatique de Vanessa Paradis dans Noce blanche (1989), Jean-Claude Brisseau peut mettre en chantier n’importe quel projet. Au lieu de choisir la facilité en se réfugiant dans le cinéma commercial, il s’attaque au contraire à son oeuvre la plus austère, la plus difficile d’accès par son aspect épuré. Se référant à la religiosité du cinéma de Bresson, tout en lui adjoignant des éléments purement oniriques à la Cocteau, le réalisateur fait alors basculer son oeuvre du naturalisme au mysticisme. Si la première demi-heure nous amène à faire la connaissance de deux personnages féminins qui apprennent ensemble à revivre après un traumatisme, la suite de Céline étonne par son orientation résolument fantastique : touchée par la Grâce, Céline réalise un certain nombre de miracles, ne faisant plus qu’un avec l’univers.
La très grande force de Brisseau vient de son absence totale de préjugés quant aux phénomènes surnaturels qu’il montre. Il ne cherche en aucun cas à nous convaincre de la réalité des miracles, ni même à éveiller nos consciences matérialistes à la religion. Céline est davantage une oeuvre élégiaque sur la réconciliation entre des individus et le monde. Panthéiste dans sa description d’une nature chargée de spiritualité, ce poème d’amour est un bouleversant hymne à la vie et à la nature, sublimé par l’envoutante musique de George Delerue - très proche de celle du Mépris de Godard. Jamais mélodramatique, lyrique lors des passages d’apparitions fantomatiques, cette magnifique plongée au coeur de l’âme humaine bénéficie de grandioses éclairages de Romain Winding. Chaque plan évoque ainsi les tableaux flamands de Vermeer et de Rembrandt. Visuellement splendide, spirituellement stimulant et profondément émouvant, Céline pose également les bases de l’oeuvre future du metteur en scène : présence de deux personnages féminins en collant noir, apparitions d’anges au coeur de séquences naturalistes et sublimation du corps par la photographie. Autant de bonnes raisons pour redécouvrir ce petit chef d’oeuvre de sensibilité, sans doute l’un des meilleurs de son auteur.


Le DVD
Un coffret indispensable, ne serait-ce que par la présence de Céline, chef d’oeuvre méconnu de son auteur.

Les suppléments

Cette galette ne comprend qu’une introduction de cinq minutes par le cinéaste Philippe Le Guay. Tous les renseignements disponibles sur le film se situent dans le documentaire présent sur le DVD de La vie comme ça.

Image & son

Malgré une photographie magnifique, la copie proposée n’est pas exempte de défauts : souvent floue et souffrant d’un manque de fluidité, l’image est assez décevante. La piste en stéréo est par contre très bien équilibrée et met parfaitement en avant voix, bruitages et musique en un savant dosage. A noter la présence de sous-titres anglais pour les étrangers.

Virgile Dumez


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