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César 2011 - miroir d’une année médiocre pour le cinéma français

Les César 2011 en petite forme

Cette année, les nominations aux César sont assez pitoyables, à l’image d’une production 2010 lamentable pour le cinéma français. A quand une vraie remise en question d’une Académie devenue ronflante ?

Wild Bunch l’a affirmé cette année après l’échec du Gaspar Noé, Enter the void (rentabilisé à 1.25%), il ne faut plus donner à l’art et essai les moyens d’un blockbuster car la rentabilité doit primer. C’est la crise après tout. Les Français devront donc t’ils se contenter d’ersatz de films américains, réussis ou non, comme L’arnacoeur ou Largo Winch 2 ? De formules faciles et de suites à n’en plus finir (Rien à déclarer, Camping 2, Astérix 4 ) ? L’industrie réclame de l’argent pour nourrir les auteurs, mais laisse-t-on vraiment à ces derniers la possibilité d‘exprimer leurs ambitions au travers de budgets dignes de ce nom ?
Dans cette dynamique peu favorable au grand cinéma hexagonal, l’Académie des César semblent être à l’image de la production française contemporaine, prisonnière des exigences d’un public qu’elle ne comprend pas, trop à l’écoute de spectateurs à qui on ressert la même soupe faute d’avoir autre chose d’original à leur proposer. Alors que les BAFTA ou les Oscar célèbreront des œuvres immenses comme Le discours d’un roi (budget de 15m$), Black Swan (13m$), mais aussi 127 heures (18m$) ou The Fighter (25M$), des titres finalement, pour la plupart, moins chers que nos Petits mouchoirs (23M$), la Rafle (27M$) ou Camping 2 (31m$), les César, eux, célèbreront certes les méritants Des hommes et des dieux et Mammuth, mais aussi L’arnacoeur, The Ghost writer, Le nom des gens.
La présence incongrue de L’arnacoeur n’est-elle pas destinée à faire rallier le public à la cause un peu poussiéreuse des César ? Un tel divertissement mérite-t-il des honneurs aussi élevés ? On n’est pas non plus dans l’indispensable ou le mémorable... La création d’un prix du public serait moins hypocrite. Cela règlerait une bonne fois pour toute ce complexe franco-français face aux succès commerciaux qui ne trouvent jamais de voix lors de la cérémonie annuelle.
Et The Ghost-writer ? Sa présence géniale a priori n’est-elle pas non plus signe d’un paradoxe évident ? C’est une production française formidable, soit. Mais avec ce problème de langue, de casting étranger, de sujet anglo-saxon... qui a eu l’impression de voir un film français ? Cette nomination est d’autant plus tirée par les cheveux que le belge Illégal ou le Québécois Les amours imaginaires se retrouvent nominés comme meilleurs films étrangers avec des accents plus français que Ghost-writer, n’en déplaise au producteur Alain Sarde. Ne pourrions-nous pas, à l’instar des Oscar et des BAFTA réunir les nominés autour d’une même langue et récompenser, au-delà du cinéma français les productions francophones ? Cela ne serait pas aberrant, d’autant que nous co-produisons très souvent ces cinématographies.
Quant au sympathique Le nom des gens, le voir nominé comme meilleur film dans une catégorie qui a rassemblé historiquement Les vieux fusils, Le dernier métro, Don Giovanni, Providence, Camille Claudel, Tchao Pantin, La vie rêvée des anges, Monsieur Hire... Ca fait un peu mal. Lui attribuer une reconnaissance pour ses dialogues, pourquoi pas. Mais meilleur film !
Et que dire des nominations pour les comédiens de l’année ? Jacques Gamblin dans Le nom des gens - qui ne fait ni plus ni moins que du Gamblin (donc jeu forcément très honnête)- se retrouve un peu à la place de Dujardin dans l’excellent Le bruit des glaçons. Et pourquoi retrouver Isabelle Carré si bien placée ? Certes, elle était très charismatique dans Les émotifs anonymes, mais son interprétation n’était ni forte ni mémorable. Il n’y avait personne pour décrocher une nomination à sa place ? Même pas Huppert dans les solides Copacabana ou White Material ?
Pour être un peu plus direct, les César 2011 n’avaient pas grand-chose à récompenser et les choix de l’Académie font cette année de la figuration dans l’histoire du 7e art français, riche en œuvre marquantes depuis ses débuts en 1976. Les actrices géantes comme Adjani ou Deneuve sont en voie de disparition, les films d’auteur remarquables ont laissé leur place à des téléfilms de luxe (La Rafle, ignoré d’ailleurs par l’Académie malgré une bonne réception en salle). Et le plus révoltant dans cet endormissement de l’exception culturelle, c’est l’oubli des plus méritants de l’année 2010. Là, je ne parle pas des Petits mouchoirs (un autre prétendant au prix du public !), mais des audacieux, les vrais, ceux qui érigent un peu plus le cinéma en art national. Noé pour Enter the void méritait une nomination comme meilleur réalisateur, mais reconnaître ses talents de technicien, c’était peut-être trop en demander. Claire Denis pour White material était un autre choix évident. Océans est certes un documentaire, mais le cantonner à cette catégorie quand on voit la beauté et l’intelligence du film, on nage dans une mer d’injustice : ce défi cinématographique accompli par des Français pouvait largement contribuer à embellir les nomination du meilleur film. Et puis comment interpréter la quasi absence de Vénus noire d’Abdellatif Kechiche ? Le cinéaste n’a-t-il plus le droit de présence après deux statuettes du meilleur film (L’esquive en 2005 et La graîne et le mulet en 2008) ? Son bijou vénéneux s’imposait pourtant parmi les œuvres remarquables de cette année française 2010, au milieu d’un ensemble récréatif et globalement passable.
La cérémonie des césar aura lieu vendredi 25 février. Bon courage à ceux qui assisteront à l’évènement !

Les nominations : ICI

Frédéric Mignard




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