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Chacun pour soi - la critique + le test DVD

Un pour tous, tous pourris

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- Sortie du DVD : 14 juin 2012

Etrange mélange entre une rigueur stylistique à l’américaine et des thématiques purement européennes, Chacun pour soi est un western spaghetti étonnant à découvrir d’urgence.

L’argument : Après de nombreuses années de recherche, le prospecteur Sam Cooper découvre enfin un filon d’or. Pour l’exploitation difficile, il demande l’aide de Manolo, son fils adoptif. Celui-ci rejoint Sam, et cherche à imposer le Blond. Sam sollicite alors la venue de Mason, un vieil ami à lui. Les quatre hommes se lancent dans l’expédition. Entre rivalité et convoitise, tous ne reviendront pas vivants.

Notre avis : Depuis le triomphe international des films de Sergio Leone, le western spaghetti connait dans les années 60 un essor fulgurant auquel participe le scénariste Fernando Di Leo. Déjà à l’origine des scripts de la série des Ringo de Tessari, mais aussi du Temps du massacre (1966) de Lucio Fulci, Di Leo s’inspire des grands classiques américains qu’il revisite avec une bonne dose de hargne, de sexe et de violence. Avec l’histoire de Chacun pour soi (1968), il signe une variation autour du Trésor de la Sierra Madre (1948), chef d’œuvre de John Huston où un groupe de chercheurs d’or se disputait leur butin, avant de le voir disparaître, emporté par le vent du désert. L’idée est donc reprise ici puisque le film suit les mésaventures de quatre hommes qui vont se déchirer et s’entretuer pour posséder une mine d’or découverte par l’un d’entre eux.
Sur un sujet comme celui-ci, le cinéphile averti pouvait s’attendre à retrouver derrière la caméra un réalisateur expérimenté comme Sergio Corbucci, Lucio Fulci ou encore Enzo Castellari. Pourtant, contre toute attente, c’est Giorgio Capitani qui s’est retrouvé aux commandes de ce western âpre alors que le cinéaste est plutôt habitué à la légèreté de la comédie à l’italienne ou au kitsch du péplum. D’ailleurs Chacun pour soi est resté l’unique essai du réalisateur dans le genre. Il n’avait pourtant pas à rougir du résultat final puisque Chacun pour soi devrait sans problème réjouir les aficionados du western transalpin.
Stylistiquement, Capitani ne cède pas vraiment aux tics de ses confrères. Certes, il use et abuse parfois de zooms, mais sa réalisation est plus classique et posée que celle de ses compatriotes. Cela ne lui retire pas une certaine étrangeté qui se manifeste lors d’une longue introduction quasi muette de dix minutes se rapprochant du film d’horreur par son ambiance mortifère, ou encore lors de séquences hallucinantes (les personnages assoiffés se roulent sous la pluie tels des hystériques). Entre ces moments de pure folie, le cinéaste laisse le temps aux situations d’évoluer, au risque parfois d’ennuyer le spectateur contemporain. La deuxième partie du film, notamment, se concentre sur le quatuor parti à la recherche de l’or au risque d’oublier le scénario en cours de route. Heureusement, durant cette partie, l’excellence des acteurs vient compenser les béances d’un script aux abonnés absents. On admirera bien évidemment le jeu halluciné de Klaus Kinski en dandy décadent et pervers, la douce insolence de George Hilton qui joue l’homosexualité de son personnage avec finesse, mais également les prestations plus classiques des acteurs américains (Van Heflin et Gilbert Roland).
Au final, Chacun pour soi n’est certainement pas le meilleur western italien produit à cette époque, mais il comporte suffisamment de points forts pour contenter les amateurs du genre.


Le DVD :
Une édition indispensable d’une œuvre extrêmement rare.

Les suppléments :

Outre une petite introduction d’une minute par Curd Ridel, cette édition comporte un entretien passionnant avec ce pur cinéphile qui maîtrise son bis italien sur le bout des doigts. Durant 38mn bardées de références bis, celui-ci revient sur la genèse du film, sur sa réception et sur les carrières du réalisateur et des quatre vedettes. Son intervention est tout bonnement jubilatoire pour tous les cinéphages (il nous donne envie de voir toutes les raretés qu’il cite avec gourmandise). La galette contient également un diaporama avec les affiches internationales du film, des articles de presse et des photos d’exploitation. Enfin, la vieille bande-annonce est également présente. Du lourd pour tous les cinéphiles.

Image :

Si aucune restauration n’a été effectuée, le film bénéficie d’une copie correcte dont seules les couleurs semblent quelque peu fatiguées. On aurait également aimé une définition plus poussée et un grain moins présent. Toutefois, le rendu global demeure satisfaisant vu la rareté du film.

Son :

Le film bénéficie de trois pistes sonores en mono (italienne, anglaise et française). Les doublages sont plutôt bons car d’époque. On notera que certains passages sont en italien même sur les pistes anglaise et française, car certaines scènes ont été censurées dans ces deux pays et il n’existe donc aucun doublage disponible dans ces langues.

Virgile Dumez


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