Sortie du blu-ray collector : 15 février 2012
Peplum plus connu pour sa conception houleuse que pour ses réelles qualités, Cléopâtre est avant tout le film intimiste le plus cher de l’histoire du cinéma. La réflexion menée sur le pouvoir en fait pourtant une œuvre passionnante, à défaut d’être impressionnante.
L’argument : Cléopâtre. Un nom mythique pour une souveraine légendaire. Voici le fabuleux portrait de la Reine du Nil, dont la beauté dévastatrice a fait trembler deux des plus grands seigneurs de l’Empire romain, Jules César et Marc-Antoine. Une relation sulfureuse, faite de pouvoir et de trahison, qui changea le cours de l’histoire à jamais.
Notre avis : Tout a été dit et écrit sur ce monument qu’est Cléopâtre, péplum dont on se souvient davantage pour sa conception douloureuse que pour ses qualités intrinsèques. Sans vouloir revenir sur l’intégralité des événements qui ont marqué un tournage épique, rappelons-en quelques grandes lignes. Projet de la Fox qui devait permettre d’égaler le triomphe du Ben-Hur (1959) de William Wyler, cette nouvelle version de Cléopâtre a été mise en chantier dès 1961 par le réalisateur Rouben Mamoulian, soutenu par le producteur Walter Wanger. Si Elizabeth Taylor a été immédiatement choisie pour interpréter la reine d’Egypte, les autres rôles échouèrent à Stephen Boyd et Peter Finch qui entamèrent le tournage en Angleterre. Arrêté à cause d’une très grave pneumonie contractée par Liz Taylor, le tournage reprend à zéro au bout de quelques mois avec cette fois Joseph L. Mankiewicz derrière la caméra, Rex Harrison en César et Richard Burton en Marc-Antoine. Malheureusement, sans script achevé (c’est Mankiewicz qui le rédige durant la nuit), le tournage devient rapidement un enfer, d’autant que Liz Taylor et Richard Burton deviennent amants, provoquant une vague d’indignation des ligues bien-pensantes dans le monde entier. Officiellement, le film aurait coûté la bagatelle de 40 millions de dollars, ce qui équivaudrait aujourd’hui à un budget avoisinant les 300 millions. Autant dire qu’il était tout bonnement impossible pour le studio de rembourser ses frais lors de sa sortie initiale. Même si le film attira les foules, il ne put être excédentaire que de nombreuses années après sa sortie.
Il faut dire que le film de Mankiewicz n’avait pas grand-chose pour se mettre le grand public dans la poche. Là où un William Wyler avait su créer des séquences époustouflantes pour son Ben-Hur, Mankiewicz demeure avant tout un homme de théâtre, aimant les mots plus que les images. Ainsi, son Cléopâtre s’avère être le film intimiste le plus cher de l’histoire du cinéma. Si l’on omet quelques courtes séquences de bataille et l’entrée saisissante de Cléopâtre dans Rome, le long-métrage manque cruellement de moments forts. En réalité, Mankiewicz tenait surtout à adapter fidèlement l’œuvre de Plutarque, revisitée par une vision shakespearienne du pouvoir. Son film n’est donc pas tant un biopic fidèle de la femme la plus influente de l’Antiquité qu’une analyse précise des mécanismes du pouvoir. Les personnages, sans cesse pris entre leurs désirs personnels et les devoirs que leur fonction exige, ne cessent de s’aimer, de se trahir et finalement de se détruire. Dans cette vision assez sombre de la vanité humaine, il n’est pas interdit de lire un commentaire de Mankiewicz lui-même sur son expérience malheureuse durant le tournage de ce film devenu un monstre incontrôlable. Si l’on excepte la beauté des images, des décors et de la réalisation, c’est bien cette pertinente réflexion sur la prétention des hommes à égaler les dieux qui fait tout le sel du long-métrage. Cléopâtre souffre sans doute de trop de défauts de construction pour être considéré comme un pur chef d’œuvre, mais le film tient toutefois merveilleusement bien la route grâce à l’implication totale d’un metteur en scène qui sortit de l’expérience totalement usé. Mankiewicz n’est d’ailleurs revenu sur un plateau de cinéma que plusieurs années plus tard, preuve du traumatisme vécu lors de cet accouchement dans la douleur.
Le blu-ray
La Fox sort un blu-ray d’anthologie bardé de suppléments passionnants et doté d’une image de toute beauté.
Les suppléments :
![]()
Les suppléments sont riches et bénéficient tous de sous-titres français (y compris le commentaire audio passionnant de Chris et Tom Mankiewicz, accompagnés de Martin Landau et Jack Brodsky qui s’étend sur les quatre heures de film). Sur le premier disque, on notera la présence de nouveaux modules exclusifs à l’édition 2012 :
Le documentaire tiré de l’émission Fox Legacy revient durant une demi-heure sur l’incroyable aventure du tournage de Cléopâtre. Si le document fait doublon avec le long making of présent sur le deuxième disque, il permettra aux plus pressés de se plonger dans cette histoire folle en un temps plus court.
Un entretien avec un historien permet de revenir sur le règne de la vraie Cléopâtre et d’évoquer la représentation faussée de cette femme donnée par les artistes depuis l’Antiquité. Ces sept minutes sont toutefois un peu courtes.
Huit minutes permettent d’en finir avec la légende de ces scènes supplémentaires qui existeraient quelque part dans le monde. Les auteurs insistent sur le fait qu’il ne reste aujourd’hui que les quatre heures et six minutes présentes sur le blu-ray.
Le second disque reprend l’intégralité des suppléments présents sur l’ancienne édition collector du début des années 2000. On retrouve donc :
Le fabuleux documentaire de près de deux heures intitulé Cléopâtre, le film qui changea Hollywood où l’on revient en détail sur chaque péripétie d’un tournage touché par une terrible malédiction. Les différents artistes n’en ressortent pas forcément grandis, entre des producteurs incompétents, des gestionnaires irresponsables, un réalisateur incapable de gérer la situation et des acteurs bouffis d’orgueil qui en profitent pour s’enrichir sur le dos du studio (Liz Taylor a obtenu quand même un salaire global de plus de 7 millions de dollars, somme astronomique pour l’époque).
Un documentaire d’époque revient sur la conception des décors et des costumes durant une dizaine de minutes un peu dépassées.
Deux Movietone news nous permettent d’assister à la première hollywoodienne, puis new-yorkaise durant une dizaine de minutes qui tiennent davantage de l’archive.
Les bandes annonces d’époque clôturent une section bonus largement satisfaisante.
Image :
![]()
Si quelques plans fourmillent légèrement, on peut sans détour déclarer que l’on n’avait jamais vu Cléopâtre dans d’aussi bonnes conditions. Magnifié par une définition à couper au rasoir, sublimé par une profondeur de champ inégalée, le spectacle est tout bonnement miraculeux. Un grand bravo.
Son :
![]()
Certes, les puristes n’apprécieront peut-être pas le mixage en 5.1 d’un son initialement en stéréo, mais il faut bien avouer que malgré la présence d’une piste DTS HD Master Audio en version originale ou encore d’un simple DTS 5.1 en français, le rendu général demeure essentiellement centré sur les enceintes frontales et sonne comme un excellent mono. Le résultat est tout à fait probant, mais risque de laisser sur leur faim les amateurs de gros son.
Dix-sept films seulement, mais pour la plupart inoubliables.