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Cobra - la critique

Massacre à la sulfateuse

Ce vigilante movie est remarquable par son ambiance effrayante et sa violence outrancière. Malheureusement, le jeu approximatif des acteurs, la prétention de Stallone et l’absence de scénario ruinent les efforts louables du cinéaste.

L’argument : Depuis plusieurs mois, une mystérieuse série d’assassinats, d’une sauvagerie sans précédent, a été commise dans la ville. La police à bout de ressources fait appel à Marion Cobretti dit Cobra, flic de choc, homme d’action et aventurier, qui vit comme un poisson dans l’eau dans la jungle urbaine.

Notre avis : Vers 1985, Sylvester Stallone n’est plus un acteur ordinaire, mais une star internationale, un Dieu vivant du box-office, enchainant les records à une vitesse étonnante grâce à la déferlante Rocky 3, Rambo 2, la mission et Rocky 4. Visiblement persuadé d’être un apôtre tout droit descendu du Ciel, Stallone prend rapidement la grosse tête et empoche des chèques mirobolants de la part de la firme Cannon (créée par Yoram Globus et Menahem Golan, spécialisés dans la série B burnée). Une fois les dollars amassés, la star a sorti son plus beau stylo pour écrire - euh, est-ce bien sûr ? - le scénario d’un polar urbain à tendance réactionnaire intitulé Cobra, le but avoué étant de créer un nouveau personnage dont on pourrait décliner les aventures dans des suites lucratives. Et de fait, tout est calibré pour satisfaire un public peu regardant : fondé sur une intrigue nébuleuse plutôt incompréhensible, Cobra est une ode à sa star. Bodybuildé, looké cuir, lunettes noires et cure-dent en guise de cigarette, Stallone apparaît comme une icône qu’il conviendrait d’idolatrer. Son interprétation prétentieuse est souvent à la lisière du ridicule, d’autant que sa prestation n’est pas relevée par celle de son épouse d’alors, la sculpturale et nullissime Brigitte Nielsen.
Avec sa bande originale qui nous replonge dans les nappes synthétiques et les boîtes à rythmes des années 80 - la chanson Feel the heat de Jean Beauvoir reste quand même d’une efficacité redoutable - , mais aussi grâce à une ambiance qui rappelle davantage les films d’horreur que les polars, ce vigilante movie totalement facho et excessif à souhait, garde un certain charme aujourd’hui encore. Considéré généralement comme le pire navet de Stallone et de son compère George Pan Cosmatos, Cobra bénéficie tout de même d’une réalisation clippesque soignée et de quelques séquences chocs particulièrement efficaces. Certes, les amateurs de finesse et de bon goût passeront leur chemin, mais les nostalgiques des années 80 arriveront à trouver leur bonheur, pour peu qu’ils fassent preuve d’un peu d’indulgence. Massacré par la critique, le film a réussi à glaner plus de deux millions de spectateurs en France, ce qui est décevant par rapport aux scores habituels de la star, mais demeure très satisfaisant au vu de la qualité du produit fini.

Virgile Dumez

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