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Croc blanc - la critique

L’homme est un loup...

Efficace film d’aventures, cette adaptation très libre de Croc Blanc se distingue par une noirceur et une violence étonnante pour ce type de production, mais dans la lignée des autres oeuvres de Lucio Fulci.

L’argument : 1890, Croc Blanc, un chien-loup, se lie d’amitié avec le jeune Indien Mitsah. Sauvé de la noyage par son ami à quatre pattes, Mitsah, gravement malade, est conduit en ville par son père où il rencontre un journaliste, une bonne soeur et de Smith, un violent chercheur d’or qui a mis toute la cité de Dawson sous sa coupe réglée...

Notre avis : Que vient faire Lucio Fulci, poète du macabre, chantre de la viande putréfiée et des viscères encore chaudes, à la tête de cette adaptation du roman très familial de Jack London ? Choix étonnant de la part des producteurs d’alors, mais qui se justifie lorsque l’on sait que le cinéaste a oeuvré dans tous les genres possibles avant de trouver sa voie dans le gore le plus viscéral. Alors qu’il n’a tourné que des séries B, le metteur en scène se retrouve pour la première fois de sa carrière aux commandes d’un budget confortable et d’une adaptation d’un livre mondialement connu. Pourtant, très rapidement, Fulci et ses nombreux scénaristes s’éloignent du roman d’origine et détournent les codes du film familial pour l’amener vers une description sans fard des Etats-Unis de la fin du XIXème siècle.
Si le début nous invite à un spectacle tout public avec son histoire d’amitié entre un jeune Indien - qui parle petit-nègre !!! - et un chien-loup - qui ressemble davantage à un berger allemand malicieux - , l’arrivée dans la ville corrompue de Dawson permet à Lucio Fulci de décrire une société totalement pervertie où les codes moraux sont bien flous. Son pasteur est un alcoolique notoire ayant une fille illégitime (excellent Fernando Rey), tandis que le maire de la ville est un escroc digne des meilleurs westerns spaghettis. Ce dernier est interprété par un John Steiner (Mannaja, l’homme à la hache, Sergio Martino, 1977) au meilleur de sa forme. D’une violence étonnante pour ce type de production, Croc Blanc transpire la haine envers l’espèce humaine, misanthropie de Fulci oblige. Avec sa caméra insistante, l’auteur détaille chaque combat d’animaux avec un voyeurisme déplacé qui fera la joie de tous les bisseux de la planète. Les enfants, quant à eux, risquent fort de sortir traumatisés par certains passages puisque leur animal préféré est souvent maltraité par des hommes encore plus sauvages que des bêtes. Pour se venger, le chien n’hésite pas à sauter à la gorge de ses ennemis, dans un flot de sang que nos chers bambins auront peut-être du mal à supporter.
Ce métrage atypique, grand écart improbable entre l’adaptation d’un bouquin grand public et le western rital dégénéré, a toutefois connu un très grand succès en Italie, se hissant à la neuvième place du box-office national. Ce premier triomphe de Fulci lui a permis de tourner une suite intitulée Le retour de Croc Blanc (1974, distribué en France directement en vidéo sous le titre Le retour de Buck le loup) qui n’a pas remporté les mêmes suffrages. Par la suite, le tempérament frondeur et excessif du réalisateur l’a condamné à des productions bis plus confidentielles, mais qui ont établi sa réputation internationale (dans le domaine du film gore putride).

Virgile Dumez

Biographie

Lucio Fulci, poète du macabre

Maître du gore et du film d’horreur crépusculaire, Lucio Fulci est un artisan qui a œuvré dans tous les genres populaires du cinéma italien.

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