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Durée : 1h34mn
Ce premier film de Guillermo Del Toro annonce à la fois les principales qualités et les habituels défauts d’un cinéaste aujourd’hui adulé.
L’argument : Au XIVe siècle, un alchimiste enferme le secret de l’éternité dans une petite boite. Plus de six siècles après, en 1997, un antiquaire est sur le point de libérer cette force inconnue.
Notre avis : Si aujourd’hui le seul nom de Guillermo Del Toro permet au moindre projet de se monter grâce à l’aura qu’il a acquis auprès de la communauté geek et de la critique internationale, il a débuté par un film fantastique de série B réalisé pour un budget de 2 millions de dollars dans son Mexique natal. Si ce long-métrage n’a pas eu l’honneur de sortir en salles en France, il a tout de même parcouru les festivals du monde entier en glanant un nombre impressionnant de récompenses (une vingtaine de prix cumulés). L’excellente réputation de ce tout premier essai lui a ainsi ouvert les portes d’Hollywood avec son premier vrai succès intitulé Mimic (1997). Lorsqu’il tourne Cronos, Guillermo Del Toro est donc un jeune amateur éclairé de cinéma horrifique et fantastique, genre auquel il tient ici à rendre hommage. En tentant de dépoussiérer le mythe du vampire, il cherche toutefois à montrer son amour du genre en citant de manière consciente ses illustres prédécesseurs. Ainsi, le scarabée métallique nous renvoie directement à la boîte magique d’Hellraiser, la boutique de l’antiquaire au cinéma de Lucio Fulci et la grande usine aux décors du déjà avant-gardiste Les Prédateurs de Tony Scott. Enfin que dire de la séquence où le personnage principal pénètre son abdomen avec sa main, citation maladroite au Videodrome de David Cronenberg. Cette multiplication de citations trop explicites finit par lasser le spectateur féru de fantastique, d’autant que cela ne sert aucunement le propos du réalisateur.
Malgré cette profusion de références, Cronos (1993), premier film foncièrement inégal, annonce bon nombre de thématiques qui deviendront par la suite des marques de fabrique du cinéaste. Ainsi, le vecteur entre deux mondes (celui des hommes et celui des vampires) est un drôle d’insecte métallique, comme le seront systématiquement ces animaux dans ses œuvres suivantes (on pense bien sûr à Mimic et surtout au Labyrinthe de Pan). On trouve également une propension à confronter le monde de l’enfance à l’horreur du monde adulte, ainsi qu’une tendance à terminer son histoire de manière mélodramatique (la fin de Cronos évoque celle du Labyrinthe). Si l’on exclut quelques séquences humoristiques (un péché mignon de Del Toro, particulièrement préjudiciable dans ses Hellboy), Cronos propose une vision profondément originale du phénomène vampirique en le comparant à une addiction, comme le fera quelques temps après Abel Ferrara dans l’excellent The addiction). Porté par l’interprétation inspirée de Federico Luppi, Cronos, malgré ses passages à vide et son aspect fourre-tout, s’impose comme une première œuvre enthousiasmante. Elle annonce à la fois les qualités visuelles de son réalisateur, de même que ses faiblesses les plus fréquentes (humour déplacé et kitsch parfois involontaire).
