Sortie du DVD : 5 juin 2012
Cultivant l’étrangeté avec un talent certain, Denis Côté signe un film habité par une atmosphère trouble intrigante. Dommage qu’il ne nous livre pas les clés nécessaires pour appréhender son univers.
L’argument : Dans une nature hivernale et rude, en douce marge du monde, Curling s’intéresse à l’intimité d’un père et sa fille solitaire de 12 ans. Entre les boulots ordinaires, Jean-François Sauvageau consacre un temps maladroit à Julyvonne. L’équilibre fragile de leur relation sera mis en péril par des événements singuliers...
Notre avis : Réalisateur québécois totalement inconnu en France, mais récompensé dans de nombreux festivals pour ses œuvres antérieures, Denis Côté signe avec Curling un film à l’atmosphère étrange et fascinante. En suivant les traces d’un père qui élève seul sa fille en l’éloignant de toute forme de sociabilité, le cinéaste plonge dans les zones d’ombre d’un homme solitaire qui dissimule son profond désarroi derrière le masque de la banalité. Pris au piège d’un dispositif formel contraignant – plans fixes sans musique, banalité des situations et cadrages pointilleux – le spectateur étouffe progressivement alors même que rien de vraiment dérangeant n’est montré à l’écran. Dès lors, chaque plan fait question : est-ce que cet homme dissimule des actes répréhensibles (meurtres, inceste) ou n’est-ce que l’imagination du spectateur qui vagabonde ? Et que représente ce tigre aperçu au détour d’un chemin par la gamine de 12 ans ? Autant de questions qui suscitent l’intérêt, d’autant que l’ambiance tendue du métrage participe à l’élaboration de théories toutes plus tordues les unes que les autres.
Toutefois, ce brio dans la mise en place des séquences possède un revers : le spectateur n’aura finalement aucune réponse aux multiples questions suscitées par le réalisateur. On n’apprendra rien de plus sur les raisons qui ont conduit la mère en prison. Et que viennent faire les cadavres oubliés dans la neige ? Sont-ils des métaphores ou existent-ils vraiment ? A force de vouloir laisser le champ libre à l’imagination du spectateur, Denis Côté l’abandonne souvent sur le bord du chemin. Heureusement pour lui, il est servi par un casting de choix, dont l’excellent Roc LaFortune, déjà vu en faux douanier dans le déjanté Territoires. Intéressant de bout en bout, Curling s’apparente au jeu qui sert de fil conducteur au film : le réalisateur tourne autour de son sujet durant la totalité du métrage, sans jamais donner les clefs pour nous permettre d’en percer les mystères. A réserver donc aux aventuriers du septième art.
Le DVD
Une jolie édition qui permet de découvrir un auteur encore inconnu dans nos contrées.
Les suppléments :
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En guise de bonus, l’éditeur nous offre deux courts-métrages du cinéaste Denis Côté afin de poursuivre la découverte d’un auteur à part. Il s’agit de Maïté qui dure un bon quart d’heure et qui évoque l’adolescence avec sensibilité, puis de Les lignes ennemis qui dure 43mn et qui prolonge l’expérience d’abstraction entamée avec Curling.
Image :
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Très belle copie que celle de ce DVD. Si l’on peut regretter quelques petits défauts de pellicule dans les scènes les plus sombres (petites impuretés), les nombreuses scènes en plein jour bénéficient d’une définition à couper au rasoir et d’une colorimétrie qui valorise le blanc de la neige et le bleu du ciel.
Son :
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La piste originale en 5.1 manque très clairement de punch. On peut même se demander à quoi servent les enceintes arrière tant le film cultive une ambiance ouatée aux antipodes de l’esbroufe sonore. A noter que le film peut être visionné avec des sous-titres français (franchement nécessaires) ou seulement en version québécoise (attention, l’accent est ici très prononcé).
