Durée : 1h30mn
Grâce à un ton ironique bienvenu et une critique sociale pertinente, ce second film d’Isabelle Czajka séduit sans mal, d’autant qu’il est interprété par un duo d’acteurs convaincant.
L’argument : Julie Bataille, 23 ans, Bac +5, les petits boulots, elle n’en veut plus. Elle cherche un vrai travail. Lors d’un entretien d’embauche, elle croise Ben, qui lui a choisi de vivre au jour le jour d’expédients et de petits trafics. Il lui propose de venir passer l’été dans le Sud avec lui. Julie refuse, puis un jour, sur un coup de tête, plaque tout et part le rejoindre.

Notre avis : Le premier long-métrage d’Isabelle Czajka (L’année suivante en 2007) avait su nous séduire par son approche directe des problèmes rencontrés par une adolescente en rupture avec la société qui l’entoure. Pour son second opus, elle retrouve l’actrice Anaïs Demoustier et un ton assez similaire, même si le personnage principal incarné avec aplomb par la comédienne n’est clairement pas le même de par son caractère plus frondeur. Lors d’une première partie plutôt jubilatoire, Isabelle Czajka confronte cette jeune fille au monde du travail et aux petites galères quotidiennes qui nous pourrissent l’existence. Sa description du milieu de l’entreprise et surtout du management à l’américaine est empreint de cruauté et de dérision. Ainsi, sous des dehors avenants (tutoiement obligatoire, fausse proximité avec le salarié) se cache une formidable machine à broyer les individus, à les mettre face à des problèmes insolubles et à les laisser couler progressivement, le tout avec le sourire. Parallèlement, la réalisatrice évoque également le contexte familial troublé de cette jeune fille qui refuse de se laisser entrainer dans les compromissions quotidiennes.

Ce quotidien morose se trouve bouleversé par la rencontre avec un jeune homme séduisant qui lui propose de mener une vie plus simple, uniquement guidée par le plaisir. Ce jeune homme est interprété avec talent par Pio Marmaï, très proche dans sa spontanéité d’un certain Patrick Dewaere. Celui-ci permet à cette deuxième partie plus romanesque de fonctionner, même si le ton plus fleur bleue est légèrement moins convaincant. On suit toutefois avec un plaisir constant les mésaventures de ce couple sauvage et libre, avant que ceux-ci ne soient obligés de se conformer à nouveau aux règles établies par une société normative. Mine de rien très engagé dans une révolte contre la société actuelle et ses dérives, D’amour et d’eau fraîche est donc une nouvelle réussite à mettre au crédit d’une réalisatrice qui confirme ici ses réels talents d’écriture. Il lui reste maintenant à affiner sa maîtrise technique, encore aléatoire, pour pleinement nous satisfaire.

Par Norman06
Léger et subtilement critique dans sa vision du monde de l’emploi, ce récit tout en rupture de ton révèle une nouvelle cinéaste et confirme le talent de deux jeunes acteurs. Attachant !