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De la terre à la lune - la critique

La face cachée de la thune

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Grosse production sabordée par la faillite de la RKO, De la terre à la lune fait partie de ces œuvres sacrifiées à réserver aux cinéphiles les plus acharnés.

L’argument : Inventeur et industriel s’étant enrichi avec la guerre de Sécession, Barbicane (Joseph Cotten) fabrique des obus réputés invulnérables. Son rival, Nicholl (George Sanders) le défie alors de concevoir une fusée capable de les emmener sur la Lune.

Notre avis : Devenu une valeur sûre du box-office mondial depuis le triomphe de 20 000 lieues sous les mers (Richard Fleischer, 1954) avec Kirk Douglas, l’écrivain Jules Verne a été maintes fois adapté au cinéma au cours des années 50. A une époque où le genre de la science-fiction s’est développé, il n’était donc pas étonnant de voir débarquer sur les écrans une adaptation de son œuvre De la terre à la lune (1865). Financée par la RKO en 1958, cette grosse production menée par des stars tranche sérieusement avec les habituels nanars qui fleurissent alors dans un genre encore confiné à la série B fauchée. Les producteurs ont même confié la réalisation à Byron Haskin, spécialiste des effets spéciaux qui s’est fait remarquer par sa belle contribution à La guerre des mondes (1953), Quand la marabunta gronde (1954) ou bien La conquête de l’espace (1955).
Malgré des moyens conséquents déployés lors de la première partie, le spectacle ne tient malheureusement plus la route dès le moment où le voyage spatial débute. Effectivement, le studio RKO était alors en pleine faillite, ce qui a entraîné des coupes sombres dans le budget initial, obligeant le réalisateur à abandonner toutes les séquences sur la lune. Il est donc particulièrement frustrant pour l’amateur de SF de rester cantonné à l’intérieur d’une fusée au design particulièrement improbable, tandis que les acteurs principaux commentent ce qui se passe à l’extérieur, sans que nous puissions jamais rien voir. Peu importe dès lors la conviction des comédiens puisque tous leurs efforts sont réduits à néant par la totale vacuité de ce qui se passe à l’écran. George Sanders fait ce qu’il peut pour distiller le trouble via un personnage à double facette, tandis que Joseph Cotten tente en vain de dissimuler son désintérêt total pour le rôle qu’il interprète mollement. Reste à sauver une première demi-heure sympathique dynamisée par quelques vieux routiers tels Henry Daniell, toujours impeccable. Toutefois, l’esprit d’aventure typiquement vernien a bien du mal à souffler sur ce grand film malade qui a fini par être exploité par la Warner après la mort programmée d’une RKO agonisante.

Le film est disponible dans le coffret Voyages vers la lune édité par Artus Films :

Virgile Dumez


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