Durée : 1h30 mn
Titre original : Adrift
Un thriller aquatique qui se mouille peu par rapport au premier Open water mais qui parvient à créer le malaise en poétisant la lente et dramatique agonie de ses protagonistes.
L’argument : Un groupe d’anciens camarades de lycée se retrouve en croisière pour un week-end festif à bord d’un somptueux yacht. La chaleur et le champagne aidant, ils décident de piquer une tête pour se rafraîchir. Mais ils ont oublié de déplier l’échelle et il leur est donc impossible de remonter à bord. Le courant les éloigne et pire encore, la jeune maman de la bande, Amy, a laissé son bébé seul sur le bateau ! Alors que la fatigue et la panique gagnent le groupe, le week-end de rêve vire définitivement au cauchemar...
Notre avis : Dérive mortelle est un drôle de film, puisque derrière ce titre peu éloquent, mélange de Détour mortel et de A la dérive, se cache en fait la suite obscure d’une petite production indépendante américaine au succès colossal, Open water, en eaux profondes. Celle-ci fonctionnait à partir d’un pitch simple mais d’une efficacité dramatique qui d’entrée de jeu interdisait toute possibilité de suite (un couple de plongeurs est oublié au large et se noie après de longues heures passées à lutter contre la fatigue, le froid et les requins). Son traitement réaliste à la Blair witch et son budget dérisoire en avait fait un objet de curiosité estival, bouleversant les uns touchés par la métaphore sur la vie de couple confronté à sa plus grande épreuve, la mort, et irritant les autres qui n’y ont trouvé qu’une marre d’ennui sans action ni rebondissements.
Curieuse idée donc d’en faire une sequel ou plutôt un remake avec en plus des fonds et un cinéaste allemands pour bien noyer ses chances d’être le mini phénomène mondial du premier opus. Aussi cette fiction (tirée d’un fait réel, on y croit vachement !) a sévèrement bu la tasse un peu partout en Europe avant d’échouer directement sur les étales des vidéo clubs américains. La France ouvre la saison des plages avec cette sortie tardive mais opportune (tous à l’eau les amis, c’est l’été !) aux chances de réussite pourtant bien maigres, d’autant plus que le distributeur TFM a préféré taire la paternité avec le premier volet. Adrift n’a cependant rien de bien honteux. Passé l’indigence des premières scènes où l’on nous confronte aux sempiternels post ados fêtards et connards tout bonnement insupportables avec leur corps de rêve et leurs cerveaux de moineau, la tension monte une fois que le groupe se retrouve plongé dans les abîmes de leur bêtise. Les voilà à l’eau, en plein large, sans échelle pour remonter à bord du somptueux yacht où demeure seul à bord un bébé sagement endormi. La léthargie des premiers instants se transforme progressivement en suspense haletant alors qu’il n’était pas gagné qu’on puisse éprouver le moindre sentiment de compassion pour les victimes. Le cinéaste, avec du gros grain pour le réalisme et le cinémascope pour le grand large, soigne les moments de tension, plus dramatiques qu’angoissants, et dépeint la lente agonie du groupe avec une poésie morbide à la tristesse communicative. Rien de bouleversant pour autant, les caractères de chaque protagoniste sont peu sympathiques et la fin partiellement ratée nous ramène aux limites de cette œuvre de pure exploitation qui a au moins le mérite d’y croire.