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Dernier domicile connu - la critique

Lino superflic ?

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- Durée : 1h40mn
- Sortie : 25 février 1970

Ce beau succès du cinéma français est un polar du samedi soir à l’intrigue un peu trop prévisible, mais non dénué de fulgurances.

L’argument : Après avoir reçu la Légion d’Honneur pour acte de bravoure, un policier est mis sur le banc de touche pour avoir arrêté en état d’ivresse le fils d’un grand avocat. On lui octroie une jeune recrue de la police et une affaire non résolue depuis plus de cinq ans...

Notre avis : Ancien truand reconverti dans l’écriture de séries noires, le repenti José Giovanni n’a eu de cesse durant toute sa carrière cinématographique - en tant que scénariste ou cinéaste - de décrire le milieu des petites frappes et de cibler les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire. Son cinéma, toujours placé à hauteur d’hommes, est emblématique de la thématique chère aux auteurs français des années 70, à savoir la description d’une machine étatique et policière qui écrase les êtres au lieu de les protéger. Sous ses dehors de polar du samedi soir, Dernier domicile connu se place délibérément dans cette mouvance et dénonce l’absurdité du système judiciaire français. Desservi par une mise en scène un peu trop télévisuelle, le film de Giovanni paraît pour le moins bancal durant sa première heure : on n’est effectivement guère passionné par la recherche fastidieuse de ce témoin capable de faire tomber un caïd du crime. Sans véritable rebondissement, Dernier domicile connu n’offre pas de spectaculaire scène d’action, à part une baston au poing américain efficacement menée, ni même un suspense qui tiendrait nos sens en éveil.
Cette déficience scénaristique est heureusement en grande partie compensée par le jeu impeccable de Lino Ventura, décidément très à l’aise dans un rôle qu’il a déjà incarné de nombreuses fois, et surtout par la présence de la radieuse Marlène Jobert dont la jolie frimousse illumine l’écran. Leur duo est pour beaucoup dans le plaisir que l’on ressent à la vision d’une oeuvre qui prend son envol dans la dernière demi-heure, vraiment saisissante. Les personnages, jusqu’alors des clichés de roman noir, prennent tout à coup une épaisseur tragique que l’on ne soupçonnait pas, tandis que le pessimisme radical de l’auteur se fait jour. Pris au piège d’une machine implacable, les protagonistes se retrouvent confrontés à leurs contradictions et Giovanni remet enfin en cause les clichés jusqu’alors énoncés : les frontières du bien et du mal ne sont plus aussi clairement définies par rapport au début. Cette ambiance désenchantée est renforcée par l’excellente musique de François de Roubaix. Ce métrage inégal a d’ailleurs connu un joli succès à sa sortie en se plaçant 11ème du box-office français avec plus de deux millions de spectateurs, ce qui fait de cette année 1970 un excellent cru pour Marlène Jobert, déjà à l’affiche d’un autre triomphe exceptionnel intitulé Le passager de la pluie (1970) de René Clément. Lino Ventura continuait quant à lui son histoire d’amour avec le public français grâce à ce polar un peu trop prévisible, mais sauvé par sa fin touchante.

Virgile Dumez