Durée : 1h40mn
Les amateurs d’humour irrévérencieux doivent à tout prix découvrir cette formidable comédie noire, passée malheureusement inaperçue à sa sortie.
L’argument : Nord et Evangile vont tenter de trouver la réponse à une question essentielle qu’ils se posent : "Qu’est-ce qui nous prouve que nous ne sommes pas des personnages de roman, que nous existons vraiment ?" Il faut dire que Nord et Evangile n’aiment pas beaucoup leur histoire et décident de rencontrer l’écrivain tout-puissant pour lui en toucher deux mots.
Notre avis : Perdu au milieu des sorties du mois de juin 1996, le premier long-métrage de Didier Le Pêcheur (clippeur renommé et compagnon de longue date de la chanteuse Zazie) est passé complètement inaperçu alors même qu’il méritait un peu plus de considération, aussi bien de la part des critiques que du public. A partir d’une idée simple (et si nous n’étions que des personnages de roman ? Est-il possible de rencontrer son Créateur ?), Le Pêcheur et son compère Artus de Penguern signent un scénario extrêmement astucieux qui pousse sa logique démente jusqu’au bout. Jamais à court d’idées pour relancer une intrigue pourtant entièrement fondée sur un présupposé philosophique, les auteurs sont parvenus à faire rire à partir de choses graves. Ainsi, le postulat nihiliste laisse transparaître de la part du cinéaste une réelle détresse ontologique. Qui sommes-nous réellement ? Est-ce que notre vie a un sens ? Les autres existent-ils en dehors de nous ? Autant de thèmes abordés sous un angle iconoclaste par un réalisateur qui bascule aisément dans le décalage humoristique.
Servi par des dialogues savoureux qui évoquent immanquablement ceux d’un Bertrand Blier (la filiation est parfois un peu trop évidente), Des nouvelles du bon Dieu n’est assurément pas un film de patronnage puisque la religion catholique en prend plein la figure. Jouant à fond la carte de la provocation, Le Pêcheur - son nom est déjà tout un programme - multiplie les affronts : on tue une bigote, on dépucèle un prêtre, on descend de sang froid le pape et l’on présente Dieu comme un écrivain raté qui se venge sur sa création. Les croyants risquent donc de ne guère apprécier un spectacle qui s’adresse uniquement aux athés dotés d’un humour féroce et d’un goût prononcé pour le trash. Des habitués du cinéma français décalé se retrouvent d’ailleurs à l’affiche de cette petite comédie jubilatoire : Marie Trintignant est formidable en nympho défoncée, Christian Charmetant impose un tempo comique imparable, Maria de Medeiros est superbe en dépressive chronique et Michel Vuillermoz est à mourir de rire en prêtre défroqué au sens propre comme au sens figuré. Si vous ajoutez à cela un impérial Jean Yanne dans le rôle de Dieu, vous obtenez une furieuse comédie cynique, décalée et irrévérencieuse. En ces temps de consensus mou, cela fait toujours du bien.