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Peut-être le texte d’Yves Ravey bouleverse-t-il les conventions théâtrales... pour les transcender. L’avenir le dira. Mais pour l’heure, il dresse le portrait, vu et revu, de trois âmes perdues qui se perdent dans l’anecdote.
Avec Dieu est un steward de bonne composition, Yves Ravey bouscule les conventions théâtrales. Certes, il y a une unité de lieu et pourrait-on dire d’action, l’histoire se déroulant dans une maison désaffectée - un dancing apprend-on - quelque part dans une compagne improbable... Alfredo, steward sur un bateau de luxe, retourne dans sa famille, seize ans après l’avoir quittée, pour récupérer un certificat de naturalisation lui permettant de se marier. Il retrouve une mère qu’on ne verra jamais, une sœur souillée et vengeresse et un homme à tout faire, aussi raciste et faussement aimable que diabolique. Toutes les discussions de ces trois âmes perdues ressassent un passé sordide quand il n’est pas profondément inintéressant. Ils racontent leur vie, celle qu’ils ont vécue quand ils étaient à des milliers de kilomètres les uns des autres et celle qu’ils ont connue, ensemble, il y a encore plus longtemps. Et on ne peut pas se contenter de ce plaidoyer, mille fois vu et revu, contre les bassesses de l’existence et la difficulté de cohabiter avec l’autre.
Où est l’attente alors ? Dans les quelques répliques spirituelles que Ravery aime glisser ici et là ? Dans la violence retenue qui transpire de cet univers ancré dans la ruralité ? Dans les rebondissements que pourrait provoquer cette histoire de certificat de naturalisation ? Non, tant les dialogues sombrent dans l’anecdote, toujours tournés vers le passé comme une nouvelle forme narrative dont on ne comprend pas la subtilité... L’attente repose, en réalité, sur les quatre têtes d’affiche, Judith Magre, Michel Aumont, Claude Brasseur et Jean-Michel Ribes qui ont choisi de s’emparer de ce texte avec un réel dévouement pour le porter sur la grande scène du Théâtre du Rond-Point. Alors, on attend, sagement, jusqu’à la fin soit pour réaliser que cette pièce est peut-être présentée trop tôt, nos références culturelles ne nous permettant d’en déchiffrer les finesses, soit qu’elle est de trop, tout simplement...
Dieu est un steward de bonne composition de Yves Ravey, mise en scène de Jean-Michel Ribes. Avec Judith Magre, Claude Brasseur, Michel Aumont. Au Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin-Roosevelt, 75008 Paris. T : 01 44 95 98 21. A voir jusqu’au 12 mars 2005.