Durée : 1h35mn
Le meilleur film de Ducastel et Martineau fut aussi la confirmation du talent singulier de Sami Bouajila.
L’argument : Pour faire la rencontre de son père qu’il ne connaît pas, un jeune Dieppois se rend à Marseille. Il choisit l’auto-stop comme moyen de transport et n’hésite pas à emprunter des chemins de traverse. Parti pour faire la connaissance de son père réel, c’est en fait une famille idéale que Félix se construit tout au long de son trajet : un petit frère, une grand-mère, un cousin, une sœur...
Notre avis : Deuxième long métrage de Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Drôle de Félix possède une tonalité moins sombre que Jeanne et le garçon formidable, œuvre musicale abordant le thème du sida. Le trip de Félix décidé à rejoindre un père biologique qui l’a abandonné mais se constituant une famille rêvée au gré de ses pérégrinations retrouve la magie de tout un courant lié à (et issu de ) la Nouvelle vague. On songe à Demy, bien sûr, à travers les jeux du hasard et des coïncidences (l’arrestation du tueur dans l’hôtel choisi par Isabelle et Félix), l’amour de la province (Rouen et Marseille après Nantes et Cherbourg) et les (rares) incursions chantées ; mais les accents de liberté du récit n’auraient pas été reniés par le Blier des Valseuses (l’épicurisme sexuel du personnage) ou le Cavalier du Plein de super (les aléas des rencontres routardes). Quant à la volonté de croiser le drame et la fantaisie (l’accident avec un automobiliste raciste et violent, l’ombre de la maladie planant en mode léger), elle n’est pas sans évoquer Paul Vecchiali avec qui nos auteurs partagent également l’amour des seconds rôles pittoresques à la Carette et Le Vigan. Mais Ducastel et Martineau marquent leur propre empreinte, par un militantisme ouvertement communautariste (Félix est gay et beur) et le désir d’ancrer leur cinéma dans un contexte social : ce dernier aspect n’est d’ailleurs pas le plus réussi dans le film, et l’on regrettera quelques passages trop appuyés (le meurtre raciste à Rouen, les villes d’Orange et de Vitrolles boycottées par Félix). On préfèrera ces savoureux dialogues avec des substituts de figures familiales, merveilleusement incarnées par Ariane Ascaride, Maurice Bénichou et surtout Patachou, grandiose en vieille dame hantée par un ancien chagrin d’amour. Quant à Sami Bouajila, découvert en 1995 dans Bye-Bye, il compose un attachant personnage de marginal à la fois décalé et tourmenté, qui préfigure son rôle de Mehdi dans Les Témoins.

Quelques informations sur ce tandem de réalisateurs.