Durée : 1h53mn
Damiano Damiani invente le "western Zapata" et signe un remarquable film politique, doublé d’un excellent divertissement.
L’argument : Au Mexique, pendant la période de la révolution, Chuncho, à mi-chemin entre le bandit et le rebelle révolutionnaire, attaque avec ses troupes un train de l’armée régulière dans lequel voyage un jeune dandy américain. Le yankee se joint aux guérilleros et se lie d’amitié avec Chuncho, mais les apparences sont parfois trompeuses...
Notre avis : Nous sommes en 1966 lorsque les scénaristes Salvatore Laurani et Franco Solinas décident de s’emparer d’un genre à la mode - le western spaghetti - afin d’y injecter une dimension politique très marquée à gauche. Ils déplacent ainsi l’action des Etats-Unis vers le Mexique, durant la révolution des années 10. Sans le savoir, ils vont alors créer ce que l’on appelle communément le "western Zapata", nouvelle branche dans un sous-genre déjà fort décrié. Pourtant, à la surprise générale, cette évolution semble mieux convenir à des critiques toujours heureux de trouver une profondeur politique dans un divertissement. El Chuncho (1967) est l’œuvre phare qui invente toutes les caractéristiques de ce type de films : le paysan qui se révolte, l’armée régulière mexicaine en réalité totalement manipulée par les Américains, les fusillades à la mitrailleuse et la musique très couleur locale. Le casting ici présent ne trompera personne sur le plan idéologique puisque Gian Maria Volonté, Lou Castel et Klaus Kinski sont tous les trois connus pour leur fort engagement à gauche.
Pour autant, le film, loin de succomber à une thématique binaire - le bon pauvre et le méchant riche - est bien plus ambigu que cela. Avec une grande intelligence dans sa direction d’acteurs, Damiano Damiani parvient à nuancer son propos et ses personnages. Ainsi, les paysans illettrés ne sont finalement qu’une bande d’abrutis que l’on peut facilement mener à la baguette, tandis que le riche propriétaire est traité comme un véritable être humain que l’on doit éliminer sans trop savoir pourquoi. Si le rôle de l’Américain reste longtemps clair, la fin laisse subsister un doute quant à ses sentiments réels envers Chuncho. Enfin, tous les révolutionnaires ne sont pas des idéalistes désintéressés, mais certains s’enrichissent sur le dos d’une révolution qui arrange bien leurs petites affaires. Au total, le tableau, très cynique et ironique, est brossé avec suffisamment d’intelligence pour emporter l’adhésion. Mais le plus marquant reste la mise en scène inspirée de Damiani et une direction d’acteurs particulièrement rigoureuse. Formellement splendide, donnant souvent la chair de poule grâce à une excellente musique, El Chuncho voit exploser le talent de Gian Maria Volonte opposé à un Lou Castel glaçant. Un petit chef-d’œuvre du genre.