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Eté japonais : double suicide - la critique + test DVD

Tabou

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- Durée : 1h38mn
- Titre original : Muri shinju : Nihon no natsu

Esthétiquement sublime et thématiquement complexe, ce film expérimental de Nagisa Oshima désarçonne, irrite et fascine à la fois par sa radicalité et son intransigeance.

L’argument : Une jeune fille assoiffée de sexe et un jeune homme obsédé par le suicide, tombent par hasard sur un stock d’armes qui appartient à des Yakuzas... Ces derniers les kidnappent.

Notre avis : Chantre de la modernité cinématographique, Nagisa Oshima n’a eu de cesse durant les années 60 d’explorer de nouvelles voies pour conter une histoire et renouveler les formes d’un art encore jeune. Avec Eté japonais : double suicide (1967), il réalise une œuvre inclassable, avançant de manière chaotique vers une résolution aussi énigmatique que le contenu du métrage. Défiant toute analyse psychologique, son film n’a qu’une ambition : déconstruire tous les mythes fondateurs de la culture nippone en la confrontant avec ses tabous. Ainsi, les personnages principaux ne sont mus que par des besoins primaires : le sexe et la violence. L’unique femme du métrage n’est qu’une obsédée sexuelle, incapable de concevoir un autre rapport que charnel avec les hommes. Ces derniers, toujours en groupe, ne vivent que par la confrontation et une violence s’exprimant par leur fétichisme des armes (sans aucun doute une compensation de leur impuissance sexuelle, puisqu’aucun d’eux n’arrivera à contenter la jeune femme). Autant dire que le mythe de l’homme tout-puissant en prend un coup, de même que la notion très ancrée dans l’imaginaire littéraire japonais du double suicide (celui des amants), ne servant ici qu’à assouvir les besoins irrépressibles d’êtres obsédés soit par le sexe (Eros) ou par la mort (Thanatos). Le cinéaste s’attaque également à la notion de patriotisme en réservant un sort peu enviable au drapeau japonais, sacrilège répété par trois fois tout au long de la projection.
L’auteur, toujours révolté par les prises de positions politiques de son pays, se fait l’écho d’une jeunesse mondiale qui commence à s’affirmer (on n’est plus très loin de 1968), en opposition notamment à la guerre du Vietnam. La violence révolutionnaire finale évoque d’ailleurs l’explosion ultime de If de Lindsay Anderson. Avec un sens plastique rare, Oshima compose des plans magnifiques sublimés par un noir et blanc de toute beauté. Ainsi, les vingt premières minutes se déroulant dans un Japon désert sont étonnantes, de même que les vingt dernières. Entre-temps, malheureusement, l’auteur enferme ses personnages dans un hangar aux allures de scène de théâtre, tombant dans l’excès et la caricature. Alors que le film intrigue dans toutes les séquences extérieures, il perd une grande part de son intérêt dans la valse hésitante à laquelle se livrent des êtres humains devenus de simples marionnettes aux mains d’un cinéaste démiurge. Remarquable sur un plan formel et thématique, Eté japonais : double suicide laisse donc un sentiment mitigé par le contraste trop important entre les scènes centrales, terriblement ennuyeuses, et l’imagination débordante du début et de la fin d’une œuvre qui ne laissera de toute façon personne indifférent par son radicalisme même.


Le DVD

Une très belle édition de ce film très rare, malgré la maigreur des bonus.

Les suppléments

La préface de Charles Tesson de sept minutes analyse avec pertinence le métrage, même si la courte durée du module réduit considérablement sa portée. Elle est en tout cas nécessaire pour appréhender sereinement ce film très complexe. Enfin, la bande-annonce japonaise d’époque est disponible.

Image

De toute beauté, la copie noir et blanc proposée par l’éditeur est exempte de défaut et met en évidence la profondeur des noirs et des contrastes.

Son

La version originale sous-titrée en mono permet de profiter du spectacle sans démériter. L’absence de souffle renforce la bonne impression que nous donne cette édition sur le plan technique.

Virgile Dumez

Le choix du rédacteur


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