Année de production : 1960
Sortie du blu-ray : 15 janvier 2012
Grand spectacle sur la naissance de l’Etat d’Israël, Exodus bénéficie de quelques séquences spectaculaires qui font oublier les faiblesses du script et le manque de rigueur historique de l’ensemble. Inégal.
L’argument : "Exodus" est une fresque excitante et profondément émouvante sur la renaissance d’un peuple et l’établissement d’une nation. Paul Newman interprète le rôle d’un combattant de la résistance décidé à conduire 600 juifs des camps de détention de Chypre jusqu’aux frontières de la Palestine. Un voyage dangereux, envers et contre tous, pour la liberté de l’humanité.
Notre avis : Reconnu pour avoir tourné un nombre conséquent de brillants films noirs et avoir défié la censure à maintes reprises depuis l’affaire de L’homme au bras d’or (1955), le cinéaste Otto Preminger est pris de la folie des grandeurs à partir du début des années 60 où il s’engouffre dans des superproductions coûteuses qui vont peu à peu diluer son talent. Après l’indéniable réussite d’Autopsie d’un meurtre (1959), considéré par beaucoup comme son chef d’œuvre, Preminger se lance dans l’aventure d’Exodus, adaptation d’un roman à succès de Leon Uris retraçant la naissance houleuse de l’Etat d’Israël. Si le réalisateur a l’excellente idée de travailler au scénario avec l’ancien black-listé Dalton Trumbo (qu’il impose au générique pour la première fois depuis sa disgrâce), il ne parvient pas à s’affranchir totalement du roman originel, sorte de vaste entreprise de mystification historique teintée de sionisme révisionniste. Ainsi, l’aventure du véritable Exodus n’a absolument rien à voir avec ce qui nous est décrit dans le premier tiers du long-métrage, tandis que la naissance de l’Etat juif en Palestine est outrageusement idéalisée.

En admettant que le film ne soit pas un documentaire mais bien une oeuvre de fiction, le spectateur pourra toutefois goûter les charmes non négligeables d’un grand spectacle riche en morceaux de bravoure. On peut légitimement admirer les séquences d’attente sur le bateau, l’évasion spectaculaire d’activistes sionistes d’une prison britannique ou encore la fuite des enfants d’Israël le long des chemins au déclenchement du premier conflit avec les Arabes. Malheureusement, les auteurs n’ont pas réussi à trouver une intrigue fil rouge qui nous tiendrait en haleine sur près de trois heures et demi de projection. La plupart des personnages manquent d’incarnation et ne semblent être que des archétypes destinés à illustrer la marche inéluctable de l’histoire. Otto Preminger, dans son obsession de créer des images marquantes, oublie finalement de donner du rythme à une aventure qui avance cahin-caha. L’ensemble manque donc clairement de fluidité et n’évite pas les longs tunnels dialogués, entrecoupés de séquences spectaculaires qui ne se justifient pas toujours d’un strict point de vue narratif. Enfin que dire du discours final, un appel non déguisé au soutien international envers Israël.

Perdus dans ce spectacle imposant, les acteurs font ce qu’ils peuvent pour exister : Paul Newman et Sal Mineo en sortent grands vainqueurs, tandis que les personnages féminins écopent des rôles les plus ingrats (Eva Marie Saint semble absente face à la trop frêle Jill Haworth). Avec son budget de plus de 4 millions de dollars (énorme pour l’époque), Exodus est devenu un véritable triomphe international en glanant plus de 20 millions de billets verts dans le monde (près de 4 millions d’entrées rien qu’en France) et en faisant souffler un vent de sympathie envers l’Etat d’Israël qui n’allait pas se démentir jusqu’au début des années 70.
Le blu-ray
Une édition perfectible qui a le mérite de proposer des suppléments essentiels à la compréhension du film.
Les suppléments :
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Certes, l’éditeur ne nous propose que deux suppléments, mais de poids. On commence par un excellent documentaire historique intitulé Exodus 1947 d’une durée de 56mn. Les auteurs insistent dès le début sur l’aspect totalement fictif du film de Preminger et reviennent en détail, témoignage des survivants à l’appui, sur la réelle odyssée de l’Exodus. On y découvre que l’expédition fut un échec (contrairement à ce qui est dit dans le film), que les migrants n’ont jamais débarqué en Palestine, mais que l’écho international de cette affaire a légitimé la prise du pouvoir par Ben Gourion quelques mois plus tard. Ce module est non seulement passionnant, mais surtout indispensable pour ne pas se laisser piéger par la propagande orchestrée par le long-métrage de 1960.
Un deuxième documentaire, de 20mn, nous propose un portrait d’Otto Preminger à travers son œuvre. Comme à son habitude Christophe Champclaux nous abreuve de bandes-annonces et d’affiches d’époque. Un pur régal pour cinéphiles. La bande-annonce d’époque termine cette section.
Image :
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Restauré avec un certain soin, le master est indéniablement proposé en haute définition. On est ainsi admiratif devant l’incroyable profondeur de champ des plans et la beauté des éclairages qui redonnent une seconde jeunesse au film de Preminger. Il est d’autant plus dommage que les restaurateurs n’aient pas éliminé la myriade de points blancs qui s’invitent sur l’écran durant toute la projection. Certes, ils ne nous empêchent pas d’apprécier le spectacle, mais ils donnent un sentiment d’inachèvement particulièrement décevant.
Son :
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Au lieu d’investir dans une spatialisation artificielle, l’éditeur a opté pour deux pistes (VF et VOSTF) en DTS stéréo. Si l’ensemble est assez précis, les quelques explosions et autres envolées musicales ont tendance à saturer sur les enceintes frontales.