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L’un des classiques de Lucio Fulci. Maladroit, mais d’une beauté macabre prégnante. L’un des meilleurs bis italiens des années 80 et une vraie réflexion sur sa propre mortalité.
L’argument : Trois jeunes gens tentent de conjurer la malédiction attachée à la mort d’un prêtre, qui, selon une prophétie, précède l’ouverture des portes de l’Enfer.
Notre avis : Les succès consécutifs de L’enfer des zombies et de L’au-delà ont confirmé le goût du morbide de Lucio Fulci. Proclamé pape du macabre en ce début des années 80, le cinéaste poursuit sur la voie de l’horreur d’outre-tombe avec Frayeurs, qui installe un nouveau segment dans sa saga putride autour des morts vivants. Une période très courte dans la carrière de ce cinéaste bon à tout faire (comédie, film sexy, giallo...), à peine trois ans, durant lesquels Fulci fait preuve d’une aisance graphique marquante.
Loin d’être le plus abouti des films de genre italiens de son époque, Frayeurs se défend toutefois malignement. Fulci ne cherche plus à copier les grands succès d’outre-Atlantique, comme il était coutume de le faire au pays de la pasta sanguine, ou comme le cinéaste l’avait lui-même fait dans L’enfer des zombies. Il exploite son propre répertoire et en particulier L’au-delà, en reprenant le thème des sept portes de l’enfer, qui une fois ouvertes laissent échapper des spectres assoiffés de sang.
Le thème du macabre est poussé ici à son paroxysme. Il filme un prêtre qui se suicide sur une terre consacrée ; une femme qui se réveille ensevelie dans une tombe (Tarantino en fit référence dans Kill Bill) ; une nuée d’asticots qui éclate une fenêtre pour envahir une demeure ; des cadavres en putréfaction ; une crypte infestée de zombies... Le cinéaste laisse échapper de la pellicule une odeur de mort et de pourriture. Elle émane de chaque plan. Pis, il assène le spectateur à coups d’effets ultra sanglants et parfaitement gratuits. Certains d’entre eux marquèrent l’histoire du gore (la perceuse qui transperce le crâne d’une victime hurlante ; une jeune femme qui vomit ses tripes et qui pleure du sang). Des effets pornographiques dans leurs excès qui soulignent les limites artistiques d’un cinéaste calculateur, animé par les contraintes commerciales de l’époque (l’horreur avait alors un public fidèle voué à la tripaille) mais qui paradoxalement affirment un style singulier, aux relents de danse macabre, fascinant pour ceux qui s’intéressent à la poésie morbide.
Aussi, bien qu’imparfaite (le script est quand même bien rachitique), cette œuvre demeure encore une magnifique référence, un jalon dans l’épouvante transalpin dont la beauté maléfique (sublime musique, photo et décors d’un autre monde) illustre tout le magnétisme malsain que beaucoup de spectateurs peuvent éprouver face à des spectacles viscéraux, qui les rapprochent au plus près de leurs phobies morbides. Une perversion ? Non, une réflexion onirique sur sa propre mortalité.

Maître du gore et du film d’horreur crépusculaire, Lucio Fulci est un artisan qui a œuvré dans tous les genres populaires du cinéma italien.