Durée : 1h51mn
Titre original : Funny games
Lire notre critique du film original
Haneke duplique inutilement son film éponyme de 94 pour le public américain. Une démarche bien vaine pour une œuvre qui n’en demeure pas moins forte.
L’argument : Alors qu’ils passent de paisibles vacances près d’un lac, George et son épouse Anna reçoivent la visite de deux adolescents, qui vont les séquester et les torturer à mort.
Notre avis : Comme les Américains sont visiblement trop étroits d’esprit pour s’ouvrir aux œuvres étrangères, les auteurs non anglophones doivent faire le forcing pour imposer leur travail, même s’il leur faut refaire le même film au plan près avec des acteurs nationaux.
Voilà donc Haneke qui se plie à l’exercice de la photocopie. Le monsieur, provocateur intransigeant et peu farouche, se fourvoie dans l’exercice de style vain et gâche quelques années de son unique vie de cinéaste pour un duplicata version U.S. sans grand changement si ce n’est le casting, ici enrichi de deux vedettes locales (Naomie Watts et Tim Roth, tous deux impeccables). Evidemment, le résultat est apriori concluant. Dans la forme principalement.
Le métrage, en passant de l’autre côté de l’Atlantique, a gardé une maîtrise clinique de l’espace et du temps pour imposer son jeu de torture pervers d’une cruauté éprouvante. Celle-ci fait toujours son effet. La bande-son, entre silences pesants et quelques extraits de morceaux de hard rock qui viennent vicier le calme d’une musique classique douce mais inquiétante, participe au malaise, constant dès le générique d’ouverture. Il va en crescendo jusqu’à l’intolérable dénouement. Le spectateur s’emplit d’empathie pour les victimes du supplice qu’il subit également, à sa manière, prisonnier de son siège, isolé face aux tortures sans limites infligées à une famille sans défense. Pas d’échappatoire dans l’humour ou le second degré, Michael Haneke le tient bâillonné dans l’horreur viscérale d’une violence absurde sans nom et sans justification.
Pourtant le discours sur cette violence a mal survécu aux effets du temps. Le cinéaste autrichien souhaite relancer la polémique sur des idées vieilles de 14 ans qui aujourd’hui semblent un petit peu dépassées. Peut-être justifie-t-il la légitimité de pareil remake par l’égarement accentué de l’humanité dans le voyeurisme de la télé poubelle. Mais cette idée est convenue, tout comme sa démarche aujourd’hui. En refusant d’expliquer le pourquoi de cette barbarie adolescente, le cinéaste se contente de mettre en scène une facette de la perversion humaine. La plus cinématographique car la plus rare, celle qui confine au genre horrifique, au lieu de s’attaquer aux différentes origines du mal et à la vraie violence qui secoue nos sociétés : l’obscurantisme intellectuel, le fanatisme religieux, la haine des différences, la misère sociale, l’arrogance et l’aveuglement de l’individualisme... La violence décrite ici est d’une portée bien superficielle dans un 21ème siècle rongé par la guerre. Haneke se contente finalement de mettre en scène deux adolescents, probablement deux anciens amateurs de télé réalité, qui se retrouvent de l’autre côté de l’écran en tant qu’éléments actifs. Ils incarnent à leur manière le dieu tout-puissant, jouissant des pouvoirs sans limite que leur offre l’interactivité absolue et deviennent les tortionnaires effectifs du thriller. Face à l’ignominie du spectacle provoquant spontanément notre rejet et notre révolte, on ne voit pas où la réflexion constructive peut se loger dans un tel déballage d’émotions primaires qui ne peuvent rien générer de bon.
A l’image d’Isabelle Huppert se plantant sèchement un poignard dans la poitrine dans La pianiste, l’œuvre d’Haneke frappe au cœur.
Par Norman06
Expérience quasiment unique d’auto-remake égalant l’original, Funny Games U.S. est aussi dérangeant et abouti que le premier opus. Qu’importe que la violence se soit banalisée en dix ans et que l’action soit transposée en Amérique, avec acteurs (relativement) connus : le scénario et la mise en scène sont toujours aussi forts, avec cet étirement de l’insoutenable qui fait de cette histoire l’un des plus gros cauchemars du cinéma (avec Psychose). De toute façon, les actes violents sont filmés hors champ, à l’instar de la version autrichienne. Les (...)