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Gnomeo et Juliette - la critique

Elton John s’anime au cinéma

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- Durée : 1h24mn
- Titre original : Gnomeo & Juliet

Une excellente surprise musicale, digne du meilleur de l’animation du moment, fort d’un concept original, qui nous éloigne invariablement des geek movies et des productions Dreamworks qui inondent le marché. Seul hic, c’est trop court et l’on ressort avec un sentiment de frustration qui dévalue fortement le plaisir.

L’argument : Juliette est belle comme le jour et comme tous les Capulet... porte un bonnet rouge. Gnoméo est brave et comme tous les nains de la famille Montague... porte un bonnet bleu. Juliette et Gnoméo vont-ils pouvoir vivre leur amour au grand jour sous leur flamant rose en plastique préféré ? Voici la plus grande histoire d’amour jamais contée... avec des nains de jardin !

Notre avis : Curieuse idée que de placer au centre d’une comédie d’animation d’horripilants nains de jardin (que c’est laid, tout de même) en utilisant, pour chapeauter le tout, le répertoire emphatique de ce vieil égocentrique d’Elton John. Le comble du mauvais goût pour le premier film d’animation de la filiale pour adulte de Disney, Touchstone Pictures ? C’est ce que l’on pensait avant de voir le résultat de ce projet fantasque, guère convaincus par les premières images et la bande-annonce qui avaient percé sur la toile. On a eu tort !
Cette production est, à un énorme défaut près que l’on révèlera en toute fin, l’une des meilleures surprises animées en provenance d’Amérique de ces derniers mois. Ce n’est pas du Pixar (même si l’idée des nains de jardins qui prennent vie quand on a le dos tourné rappelle un peu Toy story), ce n’est surtout pas du Dreamworks tant dans l’animation que dans le type de gags déclinés, et pas même du Disney qui produit pourtant indirectement via sa structure « live » Touchstone Pictures. Non, ce petit bout de pellicule, kitsch, gai et débordant d’énergie du jardin, ne ressemble qu’à lui-même.
Assumant à fond la kitscherie de ses personnages qui sont dans la guéguerre - les nains bleus d’un coté vouent une haine aux nains rouges voisins qui le leur rendent bien - cette grande parade de gags, limite effrontée, est un véritable moment de bonheur pour tous ceux qui franchissent le seuil de ces jardins enchantés. C’est coloré, frais, fort d’une animation épanouie qui ose des points de vue de cinéma et un montage burlesque ; on est d’ailleurs à la limite de la parodie ou du méta cinéma (une statue de Shakespeare dans un parc prend vie et vient réagir quant à l’histoire des amoureux Gnoméo et Juliette qui, eux-mêmes, contestent le final tragique de sa pièce d’origine).
C’est sûr, avec tous ces gnomes à longs bonnets, cela travaille beaucoup du chapeau. Kelly Asbury, à qui l’on doit Shrek 2 offre un véritable esprit de folie qui nous emporte dans un formidable carnaval de sons et de bonne humeur, avec le répertoire adapté des chansons d’Elton John. Son style pompeux, difficilement audible à la radio, fonctionne parfaitement à l’écran, apportant allégresse aux espiègleries des nombreux personnages secondaires et tendresse à la romance coquine des deux héros éponymes. Dans ce délire qui dépasse de loin les pitreries désuètes des deux derniers Shrek, on remarque aussi la qualité impressionnante de l’animation, notamment la texture insolite des personnages, dont la peau de céramique, façon moulage, prend chair sous nos yeux.
Tout cela est remarquablement fantaisiste, enjoué et efficace. Il demeure toutefois un hic, et non des moindres. Le film dure 1h24 (voir 1h20 si on ôte les 5mn de générique de fin reprenant le titre phare co-écrit par Elton John et Lady Gaga) et, avec une histoire aussi peu développée qui repose principalement sur une suite déchaînée de gags ébouriffés, on regrette de ne pas atteindre la satiété en toute fin. Le spectacle de gnome - aussi excellent soit-il - pâtit d’une durée toute aussi naine et donc carrément frustrante. Avec 20mn de plus, le nain de jardin devenait grand et justifiait peut-être le supplément de deux euros pour les lunettes 3D, tandis que là...

La bande-annonce : ICI

Frédéric Mignard


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