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Grand Hôtel - la critique

Ca c’est palace !

- Durée : 1h51mn
- Titre original : Grand Hotel

Souvent bouleversant grâce à une écriture nuancée et des acteurs flamboyants, Grand Hôtel mérite amplement son statut de classique du cinéma.

L’argument : Plusieurs personnages plus ou moins en rupture avec leur monde se retrouvent par hasard au Grand Hotel de Berlin. Parmi eux, la ballerine Grusinskaya qui soupire encore après ses succès passés et le baron Felix von Gaigern que l’adversité a transformé en voleur. La ballerine s’éprend du voleur.

Notre avis : Tout commence dans un grand hôtel de Berlin où Vicky Baum officie plusieurs années en tant que femme de chambre. Elle a l’idée ingénieuse de se servir de ce point de départ pour écrire un roman intitulé Menschen im Hotel, rapidement transposé en pièce de théâtre à succès dès la fin des années 20. Devant le triomphe obtenu par la pièce, les patrons de la MGM se portent acquéreurs des droits et créent à Broadway une nouvelle version de cette œuvre plébiscitée par le public. Rapidement, Irving Thalberg est chargé par la compagnie d’en tirer une version filmée qui soit à la hauteur du succès théâtral. Le producteur prend alors une décision fondamentale : il ne cherche pas à utiliser une seule star, mais à réunir dans un seul et même film toutes les grandes stars sous contrat avec le studio. Son but était de faire de Grand Hôtel un événement cinématographique prestigieux.
Etant donné la lourdeur des équipements sonores, on choisit de reconstituer l’intégralité de l’hôtel dans les studios dans un style Art Déco du meilleur effet. Ce gigantesque décor s’impose comme un des plus beaux de l’époque, sublimé par la photographie très contrastée de William Daniels. Thalberg a confié la réalisation au grand Edmund Goulding qui est alors réputé pour son sérieux et sa grande sensibilité (il a déjà dirigé Anna Karénine avec Greta Garbo au temps du muet). Celui-ci montre un talent inimitable pour diriger des foules nombreuses (incroyable première séquence dans le hall) sans jamais perdre de vue la dimension humaine de chaque personnage. Ici, il manifeste un immense talent dans la direction des acteurs, tout en ne sacrifiant pas les personnages et leur approche psychologique.

Il faut dire que le réalisateur est servi par un casting impressionnant : Greta Garbo incarne une danseuse dépressive avec force (même si elle a un peu tendance à forcer le trait), même si elle se fait voler la vedette par un autre rôle féminin interprété avec davantage de naturel et de modernité par la sublime Joan Crawford. Toutes les deux sont soutenues par les deux frères John et Lionel Barrymore. Si le premier est très convaincant en baron déchu obligé de devenir un petit voleur à la tire dans un hôtel de luxe, c’est indéniablement le second qui emporte notre admiration la plus totale. Son rôle de petit comptable qui n’attend plus que la mort est de loin le plus bouleversant d’un long-métrage qui ne cesse de nous étonner par la noirceur de son propos. Véritable réceptacle de toutes les détresses humaines, ce Grand hôtel est indéniablement un chef d’œuvre inaltérable qui mérite encore aujourd’hui tous nos suffrages. Le long-métrage fut justement un triomphe au box-office et a obtenu la reconnaissance de la profession grâce à l’Oscar du meilleur film. Voilà une récompense fort méritée.

Virgile Dumez

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