Guilty est une histoire d’étudiants, une histoire de sentiments. Un sujet qui fait couler beaucoup d’encre et tourner beaucoup de bobines dans les cinémas, et pourtant rarement le sujet a été abordé avec autant de naturel.
Ingrid retrouve par hasard son ex petit ami Mark. La rencontre inattendue dérive rapidement en conversation futile pleine de faux sentiments. Mark surpris du changement de son ex souhaiterait en effet revenir dans ses draps.
Lucidité, ivresse de l’alcool, hypocrisie et égoïsme des relations humaines font du scénario un cocktail détonnant. La narration est bi-dimensionnelle d’une part le dialogue des personnages, et d’autre part leurs pensées en « voix off » viennent enrichir l’intrigue et l’humour de l’album.
Coté visuel, le trait de karl Stevens se fait austère et droit. Il ne triche pas avec les défauts physiques de ses personnages. Le dessin emprisonne cependant les personnages dans une rigidité qui n’est pas sans rappeler celle des romans photos. Rigidité qui nuit à la séquentialité de l’histoire. La lecture des planches ne semble pas toujours naturelle, d’autant que les dialogues s’emmêlent parfois.
Le tout forme un album cru, assez instinctif et troublant dans la manière dont il aborde les sentiments et les envies des protagonistes. Le titre a l’inconvénient d’être un adjectif anglais invariable,il rend bien l’ambiguité des rapports humains. Qui est le coupable dans l’histoire ? Mark, Ingrid, les adolescents ? A moins que le vrai coupable ne soit le lecteur qui connaît les plus profonds sentiments des personnages, et s’introduit sans gêne dans leurs envies.