Une comédie musicale qui privilégie un peu trop le chant au détriment de l’intrigue, mais qui est marquée par l’animation la plus somptueuse jamais vue à l’écran.
L’argument : Mumble, le roi des claquettes, est bien ennuyé quand il découvre que son fils Erik est allergique à la danse. C’est alors que ce dernier s’enfuit et rencontre Sven Puissant, pingouin capable de voler ! Mumble comprend qu’il ne peut nullement rivaliser avec ce personnage charismatique qu’Erik tente d’imiter... Mais la situation ne fait qu’empirer quand le monde est menacé par des forces telluriques... Erik prend conscience que son père ne manque pas de cran lorsqu’il mobilise le peuple des pingouins et d’autres créatures fabuleuses, du minuscule Krill au gigantesque éléphant de mer, Elephant Seals, pour rétablir l’ordre…
Notre avis : 2006. Favorisé par le succès sans précédent du documentaire sur les manchots La marche de l’empereur, le premier Happy Feet, l’animation de George Miller connaît un succès fracassant aux USA (194M$), mais passe relativement inaperçu en France, en raison d’une campagne axée sur l’aspect comico-musical du métrage : 1.5 millions d’entrées, pour un blockbuster de Noël, c’était peu ! Le premier volet, OVNI animé, se partageait entre espiègleries (en)chantées sur la banquise, discours écologique décalé et moments de poésie pure qui redéfinissaient les canons de l’animation, séduisant à la fois critiques professionnels et le public adulte.
La suite était attendue depuis longtemps (5 ans entre les deux films !) et laisse une impression mitigée à la sortie, là où le premier volet était ravissement intégral. Pourtant peu de choses ont vraiment changé entre temps, toutes les caractéristiques du 1 ayant été exacerbées pour arriver à un résultat pourtant moins efficace.
Du côté du positif, on soulignera la beauté monumentale des images qui écrasent toute la concurrence. Vision d’un cinéaste qui continue à voir en l’animation la possibilité d’exprimer ce qu’une caméra "live" ne peut mettre en scène, Happy Feet 2 est d’une beauté absolue. Il est l’antithèse du cinéma volontairement laid de Dreamworks, aux formes patibulaires des personnages de Madagascar, une amélioration conséquente des ambitions un peu perdues de Pixar (Cars 2 est complètement hors circuit à côté !), et surtout l’antidote au marasme de la 3D "plate" grâce à une réalisation entièrement conçue pour onduler à l’écran. Le relief nous invite à un visionnage actif, où la banquise s’éprend généreusement de la salle, notamment lors de l’intervention récurrente de deux crevettes minuscules, interprétées par Brad Pitt et Matt Damon, dont les antennes viennent régulièrement caresser le visage des spectateurs sans pour autant nous donner l’impression que le cinéaste en fait trop ou qu’il privilégie l’effet sur la forme. Happy Feet 2 est donc indéniablement une merveille animée dont on profite des charmes miraculeux comme d’une toile de maître, avec la même béatitude contemplative.
Malgré tout, l’histoire ne convainc pas totalement. Entrecoupée de moments
musicaux un peu ronflants (ce n’était déjà pas le point fort de l’opus originel), l’intrigue peine à surprendre et à séduire. Le réchauffement climatique est là, provoquant une révolution sur les plateaux de la banquise qui se craquellent, alors que les monts de glace s’effondrent, créant d’énormes crevasses ou vallées repliées sur elles-mêmes où sont prisonniers la famille de Mumble - le héros manchot, donc - et ses amis. C’est à peu près le récit de L’âge de glace 2, les dialogues qui font mouche en moins. Car on a beau avoir les fréquentes interventions marrantes des deux krills intelligents, représentants de l’infiniment petit, qui prennent conscience de la nécessité d’adaptation des espèces et l’apparition de nouveaux personnages comme un macareux moine qui essaie de se faire passer pour un manchot révolutionnaire, capable de voler par la seule force de son esprit, ou des éléphants de mer (l’infiniment grand), on reste sur notre faim au niveau des gags et surtout de l’évolution narrative un peu simpliste et prévisible, lorsque le premier épisode parvenait sans cesse à créer la surprise.
Au-delà de ses splendeurs visuelles, Happy Feet 2 est par conséquent bien moins percutant pour les adultes, même si action, danse et émotion viennent combler les attentes des spectateurs les plus jeunes. Il reste néanmoins, en ces temps de fêtes de fin d’année, la seule production hollywoodienne vraiment digne d’intérêt, loin devant Mission : Noël ou Le chat Potté. Très loin devant, même.
