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Heartless - la critique + test blu-ray

Heartless : London calling !

Note moyenne des internautes :

- Sortie vidéo : le 5 juillet 2011

Pour son grand retour, Philip Ridley livre une variation sur le mythe de Faust profondément triste et mélancolique, une oeuvre magnifique et carrément flippante !

L’argument : Jamie est défiguré par une tache de naissance en forme de coeur qui couvre une partie de son visage. Habitant de l’East End londonien, tristement célèbre pour la violence de ses gangs, il parcourt régulièrement les rues, appareil photo en main. Complexé, solitaire, il n’a que peu de contact avec les êtres qui l’entourent. Lorsque sa mère est brutalement assassinée, la presse évoque un gang de jeunes ultra violents portant des masques de démons. Mais Jamie comprend vite que ces monstres sont bien réels et que l’Enfer est en train de prendre possession de la ville. Déterminé à se venger, il plonge tout entier dans ce cauchemar éveillé...

Notre avis : Sélectionné à Gérardmer en février 2011 dans la catégorie des inédits vidéo, aux côtés de son compatriote Triangle, Heartless débarque donc directement dans les salons, au format DVD/Blu-ray, sans passer par la prestigieuse case cinéma. Une injustice, puisque le nouveau film du réalisateur exigeant de L’enfant miroir et Darkly noon - un artiste à part entière dont le dernier effort cinématographique remontait à 1995 ! - compte indéniablement parmi les plus belles réussites du genre fantastique cette année.
Sillonnant les quartiers Est de Londres, parmi les plus malfamés du pays, le cinéaste met en scène un jeune photographe, dans un rapport d’attirance répulsion pour un environnement urbain en déliquescence, qui le fascine autant qu’il l’angoisse. Oppressant, anxiogène, le Londres des gangs à capuche devient ici un rollercoaster pour noctambules qui précipite la mort par agression physique de la mère du protagoniste, sous ses yeux. Une scène douloureuse, y compris pour l’auteur qui a lui-même perdu l’un de ses proches lors d’une attaque.
Ancrée dans un réalisme social inhérent au cinéma britannique, l’intrigue prend cependant très vite ses distances pour se concentrer sur une vision métaphorique de la violence. Le Mal ronge la ville et ses suppôts aux crocs acérés gangrènent ses quartiers, au sens propre. La contagion de la violence s’éprend de ce microcosme de grisaille où rien de bon ne peut ressortir, la jeunesse, notamment illustrée par le personnage du neveu de l’anti-héros, ne peut que s’y fourvoyer.
Heartless nous plonge donc dans les enfers d’une ville et celle d’un marginal, discret et mal dans sa peau, marqué au fer rouge par une tache ingrate au visage. Le jeune photographe meurtri par cette laideur qui le ronge (laid, laid, on parle quand même de Jim Sturgess, tout est donc relatif !) dévore donc le quartier de son objectif. De façon irrépressible. N’existant lui-même que sous une capuche qui peine à dissimuler son mal-être, il ère sous le voile de la nuit qui recouvre la ville de ses mystères. Jusqu’aux mauvaises rencontres qui vont l’intriguer, le hanter.
Désormais orphelin, anéanti de l’intérieur comme de l’extérieur (la tache sur le visage), le jeune homme tente d’élucider le mystère de ces gangs monstrueux dont il a pu croiser le chemin, ces créatures hybrides et inhumaines. Pour finalement découvrir l’impulsion méphistophélique du crime. Le Malin veille sur la ville et compte bien profiter de la rage du jeune homme pour exécuter ses cruels desseins.
Dans sa deuxième partie, Heartless, sorte de cauchemar éveillé à la contagiosité garantie pour le spectateur, évoque le mythe de Faust, avec toute la force tragique du conte initial. Le pacte conclu avec le Diable, afin de le débarrasser de sa vilaine tache de vin conduit le jeune homme très loin pour pouvoir trouver l’amour. Réduit au crime abject et condamné au drame inéluctable, le personnage de Jamie, toujours au bord de la folie (et si toute l’intrigue fantastique n’était qu’une projection de son mental, une distorsion de la réalité par un esprit perturbé) s’égare peu à peu jusqu’à un final flamboyant qui saura marquer la sensibilité de chacun. La musique de David Julyan (The descent, Eden Lake) n’y est pas étrangère : on en ressort bouleversé.


LE BLU-RAY

Les suppléments :

De nombreux bonus accompagnent cette sortie évènement, chacun soulignant la complexité et l’intelligence du cinéaste, artiste caméléon et touche-à-tout.
- Un making of, intitulé Dynamite sky, long de 25 minutes donne la parole à tous les protagonistes du film (acteurs, réalisateur, producteur). Chacun y partage sa vision de ce film singulier qui imprègne le spectateur. On assiste également au tournage de quelques scènes. Le cinéaste confie une part autobiographique dans le personnage de Jamie et sa vision de la violence urbaine.
- Rencontre avec Philip Ridley : pendant 14mn, le cinéaste/dramaturge sur scène, explique son approche artistique et l’apport du numérique sur le tournage de Heartless, et revient notamment sur la figure du père absente du film et recréée par le héros à travers le personnage du malin). Un discours très intellectuel qui éclaire notre vision du métrage.
- Jim Sturgess Live : l’acteur interprète sur scène deux titres issus de la bande-originale (ils ont tous été co-écrits par le réalisateur), notamment la chanson Heartless qui accompagne le générique de fin.
- Commentaire audio du réalisateur
- Bande-annonce

L’image :

Un blu-ray de qualité caractérisée par une belle image numérique, toutefois perfectible à certains moments. Quelques plans manquent de netteté.

Le son :

En VO, le 5.1 DTS HD Master audio donne tous les moyens au son pour créer une ambiance. L’ampleur de la musique qui alterne avec une simplicité acoustique proche du documentaire, est parfaitement restituée.
Le blu-ray propose également un 5.1 DTS HD Master audio dans notre langue qui nous convainc beaucoup moins quant au naturel des voix.

Frédéric Mignard

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Les avis des internautes

 

> Heartless - la critiqe + test blu-ray

Par roger w

Etonnant et totalement hors norme, le nouveau film de Philip Ridley est une passionnante plongée dans l’enfer intérieur d’un jeune homme au physique ingrat. Jonglant avec les genres et sans cesse déroutant, le film a au moins le grand mérite de ne ressembler qu’à lui-même. Notons une superbe réalisation et des plans à tomber par terre. Un grand film hybride et bizarroïde.

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