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Durée : 1h30mn
Guillaume Nicloux revient à son genre de prédilection : la comédie noire décalée. Avec son ton résolument original, son film risque bien de ne pas faire l’unanimité. Et c’est tant mieux.
L’argument : Un soir, Michel Trémois échoue dans la pharmacie d’une gare de province et se remémore le fil des événements qui, en deux jours, ont fait basculer sa vie : parti en week-end avec sa femme Nadine pour reconstruire leur couple et sauver leur sexualité, rien ne s’est finalement passé comme prévu... Après une nuit folle et tumultueuse agrémentée de rencontres singulières, le réveil de Michel est brutal et douloureux. Non seulement il se retrouve accusé de meurtre mais sa femme est introuvable...
Notre avis : Peu à peu gagnée par une noirceur de plus en plus marquée, l’oeuvre de Guillaume Nicloux n’a eu de cesse de plonger dans les tréfonds de l’âme humaine pour en faire ressortir les éléments les plus morbides et pessimistes. Depuis Une affaire privée jusqu’à La clef en passant par Cette femme-là, le réalisateur a décliné toutes les teintes allant du gris au noir en oubliant progressivement toute forme d’humour, là où ses premiers films étaient volontairement décalés. Alors qu’il comptait monter un projet complexe à l’étranger qui n’a pas vu le jour, Guillaume Nicloux a senti le besoin de se relaxer et de retrouver un ton humoristique qu’il n’avait guère employé depuis Le poulpe, à savoir un savant décalage nonsensique instauré au sein d’une intrigue pourtant très sérieuse.
Alors que le scénario semble respecter le cahier des charges d’un film policier inspiré des enquêtes écrites par Agatha Christie (unité de lieu, meurtre étrange, résolution de l’énigme dans les dernières minutes), Guillaume Nicloux dynamite le genre en introduisant toute une série de personnages aux agissements pour le moins étranges. Alors que Pascal Thomas a su ces dernières années adapter les oeuvres d’Agatha Christie en y mêlant un ton léger et primesautier, Nicloux préfère situer son film dans un univers plus trouble et gagné peu à peu par une certaine folie douce. Entre le détective privé aux dents pourries, le couple d’échangistes dont le mari est un nain, la belle-mère du héros qui découvre l’amour bestial dans les bras d’un colosse (excellente Josiane Balasko, filmée comme une vénus de Renoir) et sa femme frigide qui retrouve enfin goût au sexe au détour d’une rencontre nocturne, la panoplie de personnages déglingués est complète.
Si certains passages laissent quelque peu circonspect (des gags tombent franchement à plat), l’ambiance très particulière qu’instaure le réalisateur finit par séduire, d’autant plus que son intrigue policière tient plutôt bien la route. La grande force de cette étrange comédie vient surtout de son casting, tout bonnement impérial. Jean-Pierre Darroussin promène sa silhouette fatiguée dans ce cauchemar éveillé avec tout le talent qu’on lui connait. Il est brillamment secondé par toute une troupe d’excellents comédiens : si Josiane Balasko n’est guère présente à l’écran (on aurait aimé voir davantage son personnage), on est séduit par l’interprétation décalée de Pascal Bongard, d’Eric Naggar, de Françoise Lebrun et de l’excellente Biyouna. Absolument pas consensuel, Holiday risque bien de décontenancer le grand public par son humour résolument hors norme, mais l’expérience vaut assurément la peine d’être tentée.
La bande-annonce : ICI
