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Il ferroviere (le disque rouge) - la critique + test DVD

Un train de retard

- Durée : 1h58mn
- Titre original : Il ferroviere
- Sortie du DVD : 3 mars 2010

A mi-chemin entre le mélodrame et le néoréalisme, ce film poignant de Pietro Germi bouleverse grâce à la justesse de l’interprétation et la finesse de son écriture. Assurément le chef d’œuvre de son auteur.

L’argument : Un conducteur de locomotive est confronté à des problèmes professionnels et familiaux qui le plongent peu à peu dans la déchéance. Mais sa femme est là...

Notre avis : Durant les années 50, Pietro Germi a signé bon nombre de mélodrames sociaux qui lui ont permis d’acquérir une grande renommée dans son pays. Avec Il ferroviere (1956), il tente une synthèse pour le moins intéressante entre le mélodrame familial typiquement italien et le néoréalisme à la Rossellini. Alors que ce dernier mouvement vit ses derniers instants, Pietro Germi signe avec ce long-métrage un petit bijou d’émotions brutes. Préférant la suggestion à l’emphase, le cinéaste, par ailleurs acteur principal, s’appuie essentiellement sur la prestation impeccable d’un casting royalement dirigé, ainsi que sur une superbe musique nostalgique de Carlo Rustichelli. Si l’on ajoute à cela une magnifique photographie en noir et blanc aux contrastes savamment étudiés, ainsi que de subtils mouvements de caméra, tout concourt à faire d’Il ferroviere un sommet dans la carrière de Germi.
La très grande force de ce long-métrage est d’avoir su habilement entremêler des thèmes personnels (l’éclatement de la cellule familiale, le manque de communication dans une structure patriarcale étouffante, les aspirations d’une jeunesse qui ne veut plus se conformer à ce modèle ancestral) avec une symbolique collective (les disparités sociales et le combat syndical). Grâce à une sensibilité à fleur de peau, le cinéaste trouve à chaque séquence le ton juste : de la joie des fêtes entre amis aux déchirures entre parents et enfants en passant par les réflexions à hauteur d’enfant du petit garçon, le script bénéficie d’une finesse d’écriture plutôt rare. Il Ferroviere ne serait pas aussi émouvant sans la prestation magistrale de Pietro Germi, impeccable en patriarche bourru, du petit Eduardo Nevola (quelle bouille craquante !) ou de Luisa Della Noce, digne mère de famille qui doit gérer les sautes d’humeur de son époux alcoolique tout en continuant à entourer ses enfants de tout l’amour possible. Bouleversant à plus d’un titre, Il ferroviere était le film préféré de Pietro Germi lui-même. On ne le contredira pas !


Le DVD

Une belle édition d’un chef d’œuvre méconnu en France. A prendre les yeux fermés.

Les suppléments

Outre la très rare bande-annonce d’époque, l’éditeur nous gratifie d’une courte préface de six minutes par l’historien du cinéma Jean A. Gili. Malgré la réelle qualité de son intervention, la durée excessivement courte de ce module est plus frustrante qu’autre chose.

Image

La restauration de l’image est tout bonnement providentielle. Les contrastes sont magnifiquement gérés permettant au noir et blanc de déployer ses charmes, tandis que les points blancs et autres rayures ont totalement disparu de ce master immaculé. Du beau travail.

Son

L’unique piste (VOSTF) en mono a certainement fait l’objet d’une restauration puisqu’on ne trouve pas de trace de souffle ou autre désagrément. Malheureusement, le résultat final est étrangement étouffé, obligeant le spectateur à augmenter de manière inconsidérée le volume sonore de son téléviseur. Même avec ce subterfuge, le spectre sonore est incroyablement étroit.

Virgile Dumez

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