Une date dans votre cinéphilie
There will be blood

mardi 26 février 2008
par
  Romain Le Vern


-  2h38mn
-  Le top 2008

Après No country for old men des frères Coen, le cinéma américain nous offre un second chef-d’œuvre absolu pour 2008 avec There will be blood, long métrage terrassant et sublime de Paul Thomas Anderson.

L’argument : Une histoire de famille, de religion et de pétrole. Daniel Plainview, un prospecteur, achète les droits d’exploitation des puits de pétrole d’une famille vivant dans un ranch au Texas. Mais bien vite le prospecteur se rend compte que le pétrole va remettre en question le rêve américain...

Notre avis : Après avoir rendu un hommage explicite à Scorsese (Boogie Nights), bouleversé les codes de la chronique polyphonique (Magnolia) et réalisé une fantaisie mélancolique touchée par la grâce (Punch, Drunk, Love), Paul Thomas Anderson peut ajouter une nouvelle pierre à son édifice filmique : There will be blood, son œuvre la plus fiévreuse et la plus inclassable. En surface, une adaptation du roman Oil, de Upton Sinclar qui raconte comment un ouvrier pauvre devient magnat du pétrole en partant de rien (Daniel Day Lewis, immense en loup prédateur dans un monde d’agneaux). En substance, à travers cet itinéraire de Rockefeller, se construisent des lignes de fuite : une réflexion sur la fascination américaine de l’Ouest et un combat tendu entre le bien et le mal où s’adossent foi altruiste et capitalisme cynique, général et particulier, horizon individuel et perspective collective. Passée une introduction magistrale où le cinéaste use d’un art consommé de l’ellipse, convoque des violons déglingués et laisse parler la puissance de ses images, le film révèle sa densité à travers une intrigue complexe contenant tous les sujets chers au cinéaste (relation père/fils, importance de l’évangélisation). Programme lourd sur le papier. Programme hallucinant de fluidité et admirable de cohérence à l’écran où quasiment chaque plan est porteur d’une idée de cinéma.
Comme dans tous les grands films américains, la richesse thématique est indissociable de la maîtrise formelle. Ainsi, la narration obéit à un rythme sidérant et bénéficie d’une mise en scène incroyablement brillante qui refuse les coquetteries esthétisantes pour toucher au plus profond. Qu’il s’agisse de filmer la charpente menaçante d’un derrick en bois, le pétrole qui jaillit du cœur de la terre, le retour d’un frère fantomatique ou l’abandon d’un enfant, Paul Thomas Anderson fait montre de la même virtuosité éclatante en faisant appel à la sensibilité et à l’intelligence du spectateur. Cinéphile maniaque, le metteur en scène rend hommage, en passant, à quelques glorieux anciens. Mais les références (Scorsese et Kubrick en ligne de mire) ne perturbent jamais le récit : elles servent la dynamique folle de cette oeuvre intransigeante que l’on montrera probablement un jour dans les rétrospectives consacrées à l’histoire de l’Amérique vue par ses enfants colériques, quelque part entre Le parrain de Francis Coppola, Il était une fois en Amérique de Sergio Leone et La porte du paradis de Michael Cimino. C’est dire la puissance de There will be blood, chef-d’œuvre indiscutable dont on n’a pas fini d’épuiser les beautés.

Le top 2008

 

 

RETOUR A L'ARTICLE

© aVoir-aLire.com