Ce portrait en creux de Roman Polanski est surtout un moyen de dénoncer le harcèlement moral des médias et de la justice envers un cinéaste controversé dans sa vie privée. Intéressant, mais formellement limité.
L’argument : Biopic non autorisé revenant sur l’enfance polonaise du réalisateur Roman Polanski lors de l’Holocauste. Il suivra également l’assassinat de sa femme, l’actrice Sharon Tate, enceinte de huit mois, par Charles Manson en 1969 puis son accusation pour viol sur une mineure de 13 ans en 1977. Roman Polanski n’a depuis plus foulé le sol américain.
Notre avis : En réalisant dans les années 60 Le bal des vampires, Roman Polanski ne pouvait pas imaginer à quel point ce titre allait être prémonitoire. Effectivement, ce réalisateur très populaire a toujours intrigué les foules et les médias, fascinés par l’aura sulfureuse du personnage. Marqué par l’extermination de ses parents durant la Seconde guerre mondiale, puis par le tragique assassinat de sa femme enceinte Sharon Tate par Charles Manson, Polanski se fait sans cesse photographier dans les années 70 avec de jeunes filles tout juste sorties de la puberté. Ceci jusqu’au scandale qui éclate en 1977. Accusé d’avoir abusé sexuellement d’une gamine de 13 ans, le cinéaste est victime d’une cabale médiatique et judiciaire qui le pousse à fuir les Etats-Unis où, encore aujourd’hui, il n’a pas le droit de mettre le pied sous peine d’incarcération.
Perdue entre l’affabulation des uns et les mensonges des autres, la réalisatrice Marina Zenovich tente avec ce documentaire de mettre la vérité à jour et de faire toute la lumière sur les motivations de chaque acteur du drame. Intention louable qui ne dédouane pas Polanski de l’acte consommé avec cette mineure, mais qui intente clairement un procès au lynchage médiatique et judiciaire qu’a eu à subir le metteur en scène. Certes coupable d’avoir cédé à une pulsion incontrôlable - on ne croit pas une seule seconde à la théorie de son ignorance de la loi américaine, d’autant qu’il est également interdit de coucher avec une mineure en Europe - l’acharnement des médias et du juge tient du harcèlement moral. Au final, la documentariste fait davantage le procès d’un système judiciaire qui ne laisse aucune chance aux accusés et des journalistes qui, pour vendre leur papier, sont prêts à oublier toute déontologie. En cela, wanted and desired est un métrage accablant qui insiste sur les dysfonctionnements de la justice américaine. Ne cherchant pas à disculper le cinéaste, elle ne fait que dénoncer les exactions commises à son encontre par bon nombre de personnes bien sous tous rapports.
On regrettera juste que l’ensemble s’apparente davantage à un reportage télévisé du style Complément d’enquête et que l’auteur se contente d’une forme peu cinématographique pour traiter un sujet à la lisière du sensationnalisme d’une certaine presse people. Il est toujours délicat de dénoncer un système lorsqu’on utilise ses méthodes pour parvenir à ses fins.