Wong Kar-wai présente son premier film américain : un édifice suprêmement élégant mais hélas redondant.
L’argument : Jeremy tient un modeste café à New York. Tous les soirs, Elizabeth y rentre et commande une tarte aux myrtilles en scrutant à travers la fenêtre. Une nuit, elle raconte à Jeremy que l’homme de sa vie l’a quittée. Lorsque Elizabeth disparaît, Jeremy comprend qu’elle a quitté la ville, pour un long voyage, vers un nouveau départ. Sur son chemin, elle se lie d’amitié avec différents personnages et leurs propres dilemmes.
Notre avis : Le nouveau Wong Kar-wai est rempli de tous les petits riens
qui font le grand tout du réalisateur avec cette fois-ci comme
réminiscence proustienne l’immense Chungking express (certainement son
meilleur) en toile de fond inspiratrice. Dans un road-movie sentimental
(sans céder à la sensiblerie), l’ausculteur d’âmes chinois radiographie
aux Etats-Unis la mélancolie qui presse l’âme, l’exil intérieur, les cœurs
brisés, les histoires d’amour révolues et les conséquences (désastreuses)
de la rupture, avec ses volutes esthétiques usuelles. La dramaturgie repose
sur trois fois rien mais Wong privilégie comme toujours
la notation, la sensualité, l’anodin, le sublime dans une grande valse de
charivaris intérieurs.
Tout ça, c’est très joli et très agréable à l’œil.
Au-delà de la dimension esthétique, il parvient à toucher par la simple
universalité de son intrigue mais n’évite pas toujours les pièges d’un
système et risque d’agacer sérieusement ceux qui reprochaient déjà la
redondance de ses précédents opus (2046 était déjà un film-somme
nostalgique qui reprenait des morceaux de ses précédents films). WKW
aurait-il tout dit sur son cinéma ? Non. My blueberry nights, bien
qu’inégal, possède des trésors d’émotion dont il serait sot de ne pas
profiter. On peut juste être déçu que le réalisateur n’ait pas été plus radical
dans ce changement d’état(s). Ajoutons à l’édifice suprêmement élégant la
belle prestation des comédiens, heureux de succomber à ce vertige intime.
Notamment la novice Norah Jones, qui excelle dans son art (la musique) et
vient d’ajouter avec une infinie douceur une corde à son arc artistique.
Bel écheveau de rencontres.