Sans doute encombré par trop de références littéraires et intellectuelles, Insolation séduit tout de même par son constat désabusé sur la condition humaine et une émotion à fleur de peau.
L’argument : Insolation raconte des histoires d’amour impossible. "L’amour et la perte. Surtout la perte". comme le dit un des personnages. Dans une ville déserte brûlée par le soleil, la fièvre de l’insolation se mêle à la naissance fragile de la passion. Comme des fantômes, les personnages errent entre immeubles et terrains vagues, à la recherche d’un amour inaccessible.
Notre avis : Jadis collaboratrice de Walter Salles sur plusieurs films, la réalisatrice Daniela Thomas s’est associée depuis quelques années au metteur en scène de théâtre Felipe Hirsch pour créer des spectacles novateurs intégrant la vidéo aux représentations scéniques. Peu à peu est née l’idée commune de s’affranchir de l’espace théâtral pour investir le champ cinématographique, sans pour autant oublier leur goût pour la scène. Avec Insolation, ils utilisent encore de nombreux artifices théâtraux comme la présence d’un narrateur omniscient (interprété par la légende du cinéma brésilien, le bouleversant Paulo José) et une organisation de l’espace proche de celle d’une scène avec entrée et sortie des personnages du champ de la caméra. Les deux scénaristes Will Eno et Sam Lipsyte ont également tenu à rendre hommage à la littérature russe à travers ces histoires d’amour chorales où planent les ombres tutélaires de Tchekov, Tourgueniev ou encore Pouchkine.
Au milieu de ces références littéraires un peu trop encombrantes, un autre élément s’impose de lui-même : la ville de Brasilia. Cette capitale artificielle construite en plein désert devient finalement le personnage central de ces multiples histoires d’amour avortées. Ses lignes futuristes enserrent les personnages au point de leur retirer toute liberté de mouvement. Comme des fantômes, les protagonistes errent dans des espaces vides au détour de séquences contemplatives qui évoquent immanquablement le cinéma d’Antonioni au temps de L’éclipse. On retrouve ici une atmosphère froide et désincarnée qui contraste fortement avec la chaleur du soleil et la puissance des sentiments évoqués. Ainsi, les protagonistes, qui représentent chacun un âge de la vie (l’adolescent, l’adulte, le vieillard), sont tous victimes de l’amour. Toutefois, dans un monde profondément déshumanisé, seul ce sentiment permet de donner encore un sens à l’existence.
Sans doute empêtré dans une contradiction impossible, Insolation hésite sans cesse entre un dispositif formel très élaboré et programmatique et une émotion à fleur de peau. Souhaitant inonder le spectateur de chaleur humaine dans un décor d’une extrême froideur, les auteurs n’arrivent à leurs fins que par intermittence. Si l’on est touché par l’histoire de l’adolescent ou par la désillusion du narrateur, on reste davantage étranger aux errances urbaines de la jeune fille qui déborde d’amour au point de s’offrir au premier venu. Parfois aride, mais aussi sublimé par une émotion aux frontières de la mélancolie, Insolation est donc un film difficile d’accès, mais qui saura capter l’attention d’un public exigeant, avide d’expériences cinématographiques.
