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Jeux dangereux (To be or not to be) - la critique

Le théâtre des opérations

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- Année de production : 1942

Subtil jeu de masques, To be or not to be est un pur chef d’œuvre de la comédie et un exemple parfait de la Lubitsch Touch. Inoxydable.

L’argument : Durant la Deuxième Guerre mondiale, entre Varsovie et Londres, une troupe de comédiens parvient à déjouer un plan de la Gestapo...

Notre avis : Au sommet de sa carrière au début des années 40, le cinéaste Ernst Lubitsch est considéré comme un maître incontesté de la comédie. En tant que producteur de ses propres films, il a toute latitude pour tourner ce qu’il souhaite, avec qui il veut et dans les conditions qui l’arrangent. Alors que l’Europe est en guerre et que les Etats-Unis s’apprêtent également à en découdre avec les nazis, Lubitsch choisit justement de contribuer à l’effort national en proposant une comédie désopilante qui prend pour décor la Pologne fraîchement envahie par les troupes allemandes. Audacieux, le cinéaste opte pour un jeu de masques qui s’inscrit à la fois dans l’actualité la plus brûlante (l’occupation nazie et la multiplication des camps de concentration) et dans une tradition comique établie depuis des siècles. C’est justement la confrontation entre ces éléments disparates qui fait tout le sel de cette divine comédie osant rire d’une situation pourtant catastrophique.
En situant son intrigue principale dans un théâtre, le metteur en scène pratique la mise en abyme la plus audacieuse qui soit pour l’époque. Jouant sans cesse sur la fine frontière qui sépare la réalité des apparences, Lubitsch nous entraîne dans une valse endiablée où l’identité des protagonistes est sans cesse sujette à caution. Les acteurs continuent ainsi à pratiquer leur métier dans des opérations d’espionnage où ils jouent leur vie pour de vrai. Pendant ce temps, les nazis se soumettent également à un rituel qui tient davantage de la mise en scène que de la croyance aveugle en une idéologie meurtrière. Dans ce monde gagné par la folie de la guerre, Lubitsch semble dire que les plus fous ne sont pas forcément ceux que l’on croit. A l’aide de gags d’une extrême finesse, il déclenche le rire du spectateur sur un sujet qui, pourtant, ne semble pas vraiment drôle. Il rejoint en cela le difficile équilibre qu’a retrouvé bien plus tard Roberto Benigni pour sa Vie est belle (1997).
Sublimé par l’interprétation dynamique de Jack Benny et par le charme de la superbe Carole Lombard, Jeux dangereux a tout de la comédie enchantée, conduite de main de maître par un orfèvre en la matière. Toutefois, le film a connu un sort funeste lors de sa sortie puisque la mort tragique de Carole Lombard dans un accident d’avion et l’entrée en guerre des Etats-Unis furent deux événements qui n’ont pas donné envie au public de se déplacer pour rire. To be or not to be (1942) fut donc un injuste échec commercial, avant d’être aujourd’hui unanimement considéré comme un chef d’œuvre de la comédie. Un pur bijou.

Notes :
- Gros échec à sa sortie aux Etats-Unis en 1942, Jeux dangereux a davantage conquis le public français en 1947 avec 2 080 320 entrées glanées sur tout l’hexagone. Un score correct, mais pas si exceptionnel pour l’époque.
- Le film de Lubitsch a eu les honneurs d’un remake éponyme initié par Mel Brooks en 1983 et réalisé par Alan Johnson.

Virgile Dumez


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