Sylvie Testud passe à la réalisation avec une réflexion sur le couple et le changement de l’être au fil du temps qui cède un peu trop à la facilité de la comédie.
L’argument : Marie, 40 ans, se réveille en pensant qu’elle en a 25. Elle a oublié 15 ans de sa vie.
Elle se réveille au début d’une histoire d’amour qui en fait se termine.
Elle se réveille et elle a quatre jours pour reconquérir l’homme de sa vie.
Notre avis : Cela aurait pu être le point de départ scénaristique d’un film fantastique où une femme usurpe contre son gré le corps d’une autre, puisqu’ici, Juliette Binoche se réveille, après un trou noir de 15 ans dans sa vie, pour découvrir que le jeune homme dont elle venait de tomber amoureuse, est devenu son mari et qu’ils vont divorcer, malgré l’enfant qu’ils ont eu entre temps.
La trame aurait pu également être traitée de façon clinique, médicale... Cronenberg aurait pu en faire quelque-chose. Si, si. Il y avait la matière à déranger ou à faire flipper, tant l’esprit humain et les recoins faillibles du mental sont sans limites. Mais Sylvie Testud, actrice que l’on adore vraiment, a préféré adapter, à notre grande surprise, le roman de Frédérique Degheld essentiellement sur le ton de la romance, la comédie, malgré quelques très belles scènes où le drame vécu par l’héroïne donne toute la légitimité au film : la découverte de la mort de son père, des erreurs commises ces 15 dernières années, de sa mutation en femme froide, incapable de s’impliquer dans autre chose que son travail...
Le film est donc une métaphore sur le couple, l’embourgeoisement de l’individu, la perte inéluctable de l’autre... La femme échappe à son mari passionné qui lui-même se défend avec ses armes, dans une spirale destructrice où il ne reste que les souvenirs de l’avant-guerre, de la rencontre donc, pour nourrir encore quelques sentiments ou une tendresse à l’égard de l’autre.
En soit, le spectacle n’est pas forcément désagréable à regarder, juste apparaît-il quelque peu vain et caricatural dans le jeu comique de Juliette Binoche qui, dans le rôle d’une femme de 41 ans, essaie de retrouver le langage verbal et corporel de la fille qu’elle a été... Certaines scènes amusent, sans plus... L’actrice retrouve toutefois tout son charisme, dans les moments tumultueux. C’est dans la prise de conscience du poids du temps et de l’inéluctable évolution personnelle qu’elle irradie alors l’écran, toujours aussi formidable pour incarner la vulnérabilité et la détresse.
Dans le rôle du mari, Kassovitz est sobre, trop sûrement. Il n’a pas grand-chose à proposer également, tant ses scènes sont limitées. Un brin frustrant quand on connaît l’acteur formidable qu’il est.
Alors résumons un peu la semi déception, avec deux grands noms sous-employés et une réalisatrice que l’on préfère comédienne dans des drames sociaux où elle excelle, on ne peut que sentir poindre un sentiment de lassitude face à cette comédie-dramatico-romantique qui aurait été bien plus perspicace en sondant davantage la dépression conjugale et le mépris de soi. Bref, un autre ton, une autre oeuvre, et sûrement un bien meilleur résultat.
LA VIE D’UNE AUTRE - BANDE ANNONCE OFFICIELLE par ARPSELECTION
