Durée : 1h26mn
Un exercice de style sur un ton minimaliste.
L’argument : Helen vit à Londres avec ses enfants et son père. Son mari travaille en Europe de l’Est pour une organisation humanitaire. Cela fait des mois qu’il est parti et elle attend son retour. Un matin, la jeune femme trouve la mort dans un accident de voiture et devient prisonnière d’un espace indéfini entre la vie et la mort...
Notre avis : Certains s’agaceront d’emblée de cette mode qui consiste à mettre en scène des protagonistes morts, rongés par l’amertume et en proie à des démons intérieurs. Ce thème est tout d’abord assimilable au genre fantastique : des films comme L’échelle de Jacob, Carnival of souls, Ghost, Alice ou la dernière fugue, Les autres ou Sixième sens ont essayé avec virtuosité de retranscrire le parcours d’une âme errante qui tente de faire la paix avec elle-même et de se trouver une place dans un monde réel et/ou ectoplasmique. Dans Kiss of life, il n’y a pas une volonté de manipuler le spectateur avec des retournements de situation à foison mais de raconter une histoire extraordinaire sur un ton minimaliste et naturaliste. Contrairement aux fictions susdites, la protagoniste de Kiss of life sait qu’elle est morte et qu’elle ne pourra plus jamais entrer en contact avec les siens.
Pour son premier long métrage, la très jeune Emily Young évite le pire : l’apitoiement et le chantage à l’émotion. Les scènes sciemment étirées et la froideur de la mise en scène facilitent une certaine distanciation qui châtie toute forme de pathos. Mais, à force d’épurer le style, Young ne parvient pas à maintenir jusqu’au bout un propos ténu qui fonctionne sur un mode univoque et elliptique. La majorité des situations repose sur le non-dit parce que la protagoniste et les personnages secondaires ne peuvent pas entrer en communication. Cela peut dérouter comme ennuyer : on a parfois l’impression que certaines situations tournent un peu en rond et que les personnages pâtissent de ce manque de substance.
Toutefois, si cet exercice de style n’est pas exempt de sérieux défauts, le parcours métaphysique de cette femme a le mérite de ne pas laisser indifférent et de toucher par son aspect universel. Si l’actrice Imgeborga Dapkunaite en fait un peu trop, son personnage émeut par sa condition de fantôme meurtri, incapable de communiquer et témoin du chagrin que sa mort a provoqué, prisonnière d’un espace-temps où le pire peut arriver. Elle a aussi oublié de dire à ses enfants et à son mari à quel point elle les aimait.