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Koyaanisqatsi - la critique

Le monde court-il à sa perte ?

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Sortie blu-ray : le 4 décembre 2012

Allégorie biblique, pamphlet écologique, voyage sensoriel ; ce premier volet de la Trilogie des Qatsi inquiète autant qu’il fascine. Le génie de la conception imaginée par Reggio, la musique envoûtante et indélébile de Glass et les images en accéléré de la frénésie humaine atteignent le comble de la mise en forme artistique. Une œuvre clé de l’histoire du cinéma mondial.

L’argument : Dans la langue Hopi, Koyaanisqatsi signifie "vie déséquilibrée". Le réalisateur a filmé pendant sept ans des paysages et des villes.

Notre avis : Sujet des plus brûlants et phénomène de mode, l’écologie n’a jamais autant été au cœur des préoccupations humaines (politiques ou autres). De sorte que même le cinéma s’en est emparé à partir du très médiatisé documentaire (au titre évocateur), Une vérité qui dérange, née de la frustration ressentie par Al Gore quant à la nécessité de s’engager politiquement et efficacement vis-à-vis du réchauffement climatique. D’Un jour sur Terre au Syndrome du Titanic de Nicolas Hulot, en passant par Home de Yann Arthus-Bertrand, d’autres longs sont venus confirmer la tendance. Pourtant, un quart de siècle auparavant, Godfrey Reggio pointait déjà du doigt l’aveuglement préjudiciable de ses semblables en accélérant sans vergogne le progrès technologique et cela sans se soucier du sort de notre planète. En avance sur son temps, Reggio force le respect en s’écartant de tout didactisme aussi bavard que rébarbatif. À l’origine, sa vie passée dans une communauté religieuse (et donc recluse de toute civilisation moderne) explique cette lucidité dans sa forme extrêmement épurée où le spectateur s’inscrit dans un triangle puisqu’il y pénètre en interaction avec les images et la musique. Grâce à l’IRE (the Institut for Regional Education), il réalise au préalable un spot publicitaire (non narratif) dénonçant la culture de masse et le matraquage que l’on subit en permanence devant le petit écran. Quand lui surgit l’idée de Koyaanisqatsi, Reggio se met à la recherche d’un compositeur de musique et d’un directeur de la photographie solides et capables de répondre à la concrétisation que constituera ce "documentaire" précurseur à plus d’un titre. Ce triumvirat artistique forme une symbiose à son apothéose entre les artisans que sont Godfrey Reggio (pour le concept), Philip Glass (pour la bande son) et Ron Fricke (pour le traitement de l’image).
Quel message veulent-ils faire passer ? Par l’absence de paroles, ils laissent la liberté selon la sensibilité de tout un chacun de donner le sens que bon lui semble face aux différentes images proposées. En tout cas, personne ne peut nier que les paysages naturels finissent par céder la place à des éléments humains ne cessant de proliférer, pendant que d’autres sont exposés à la folie humaine. Perdu dans l’organisation complexe de l’espace urbain, l’homme moderne ne trouve plus sa place et court perpétuellement dans un monde qui progresse à un train d’enfer. Comme les mots n’ont plus la force de décrire ce monde, Reggio a opté pour un titre tiré de la langue "hopi" signifiant "vie folle ; se désagrégeant" ; vision qu’un autre peuple aurait du nôtre.
Sorti en 1983, ce film expérimental n’a amassé que 2 millions de dollars aux USA (contre les 260 accumulés par Le retour du Jedi -le grand gagnant de l’année-) ; alors qu’en France, il n’est resté que deux semaines à l’affiche ! Qu’importe, projeté à de rares occasions au-dessus de l’orchestre (avec Philip Glass himself !), il a su s’imposer comme une œuvre de référence, un incontournable duquel deux suites ont vu le jour (Powaqqatsi en 88 et Naqoyqatsi en 2002). Trente années ont passé depuis et les trois prophéties (annoncées à la fin) paraissent plus que jamais d’actualité puisque seule la dernière qui préfigure une arme nucléaire (d’une portée mondiale) appartient encore au domaine de l’utopie... Poussé par son orgueil autodestructeur, il est grand temps que l’homme retienne les leçons du passé... Il y va de l’intérêt et de la survie de tout un chacun...

En blu-ray, dès le 4 décembre chez KOBA FILMS.

Sébastien Schreurs




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