Sortie du DVD et du Blu-ray : 5 juin 2012
La dernière épopée du cinéaste académique Serguei Bondartchouk se révèle être un téléfilm de luxe se contentant d’illustrer platement un chef d’œuvre de la littérature. Ennuyeux à souhait.
L’argument : La Russie, début du XXe siècle. Partout dans le pays, la colère contre le Tsar enfle. Près du fleuve Don vivent les cosaques, peuple de cavaliers et de soldats hors pairs. Le jeune Gregor Melechov a choisi son avenir : il sera militaire. Au fil des années il va participer aux grands événements qui vont ébranler son pays : La première Guerre Mondiale, la Révolution Russie, la terrible répression communiste.
Notre avis : Symbole d’un certain cinéma académique pompier durant toute la période soviétique, le cinéaste Serguei Bondartchouk n’a jamais fait dans la dentelle et ses réalisations sont toutes marquées du sceau de la grandiloquence. On lui doit toutefois quelques belles réussites comme sa pharaonique adaptation de Guerre et paix (1967) ou encore une version emphatique de la chute de Napoléon à travers un Waterloo (1970) impressionnant de démesure. A l’image de la chute du régime soviétique, la fin de sa carrière est nettement moins glorieuse puisque Bondartchouk s’est attaqué à un autre monument de la littérature russe, à savoir Le Don paisible de Mikhaïl Cholokhov. Souvent considéré comme le manifeste littéraire du réalisme soviétique, le roman se rapproche en réalité davantage du Guerre et paix de Tolstoï par sa volonté d’englober l’ensemble d’un conflit (ici la Première Guerre mondiale et les révolutions russes) pour en voir les effets sur quelques personnages représentatifs de la société de l’époque.
Tourné pour la télévision britannique en 1992, Kozak, les seigneurs de la steppe a malheureusement été le chant du cygne de Bondartchouk puisque le cinéaste s’est vu dépossédé de son œuvre pour d’obscures raisons contractuelles. Durant les deux dernières années de sa vie (il est mort en 1994), le réalisateur a lutté pour pouvoir monter son film, sans qu’aucune solution ne soit trouvée. Resté presque quinze ans dans un placard, le téléfilm a finalement été restauré par la télévision russe en 2006 et diffusé dans une version longue de plus de 6 heures. Toutefois, le montage international ne conserve que trois heures de ce film fleuve qui cherchait à retrouver la puissance d’évocation des superproductions des années 60-70.
Finalement, peu importe la durée du film puisque le résultat final n’est absolument pas à la hauteur des attentes. Se voulant la version cinématographique ultime d’un monument de la littérature, Kozak ne dépasse jamais le stade de la plate illustration des événements décrits dans le bouquin. Dès les premières images, le rendu artificiel des couleurs nous indique que nous sommes bien devant un téléfilm. De luxe certes, mais un téléfilm quand même. Tous les efforts du cinéaste pour faire oublier l’origine télévisuelle de son œuvre ne parviennent qu’à confirmer l’évidence : les moyens ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Si l’ensemble se regarde de manière distraite, on ne peut pas dire que l’immersion soit totale. La faute à un casting improbable (on ne croit pas un seul instant à l’origine rurale d’un Rupert Everett au maintien très britannique et F. Murray Abraham ne ressemble en rien à un moujik), mais aussi à des choix de mise en scène peu inspirés (pourquoi avoir truffé le long-métrage de ralentis tous plus hideux les uns que les autres, à des moments clés ?). Au final, la fresque paraît étonnamment figée dans le marbre des œuvres qui se rêvent grandioses alors qu’elles ne suscitent que l’apathie.
Le DVD :
Un DTV aux qualités toutes relatives.
Les suppléments :
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Perdus dans la steppe. Mais peut-on en vouloir à l’éditeur qui a déjà le courage de sortir un téléfilm au faible potentiel commercial ? Assurément pas.
Image :
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C’est indéniablement le point fort de cette galette avec une belle définition qui rend parfaitement justice au travail du réalisateur. Malheureusement, cette perfection se retourne contre le film lui-même puisque l’image n’approche jamais la beauté du rendu cinématographique et dénonce à chaque seconde l’origine télévisuelle du produit.
Son :
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Lorsque l’on découvre que la version française a été privilégiée avec un son spatialisé en 5.1 alors que la version anglaise d’origine n’est qu’en stéréo, on n’est pas franchement ravi. Mais les choses se gâtent encore lorsque l’on s’aperçoit que la VO est tout bonnement inaudible, notamment à cause de bruits parasites qui font atrocement résonner l’environnement autour des acteurs (comme si on était victime d’acouphènes). Le repli vers la version française est donc obligatoire. Heureusement, le doublage n’est pas mauvais, mais le 5.1 demeure un argument commercial tant les arrières sont peu sollicitées.