Magnifié par l’interprétation incandescente de son actrice principale, ce premier film impose sa petite musique à l’aide d’un script original et plus déroutant qu’il n’y paraît de prime abord. Intrigant.
L’argument : Est-il possible que quelqu’un vous manque si fort qu’on puisse le retrouver dans un autre ? Martha est une jeune femme épanouie et heureuse en amour. Lorsque son mari Paul disparait soudainement, elle découvre qu’elle ne connaissait rien de lui. Alors qu’elle tente de faire face, elle rencontre Alexander, qui tombe amoureux d’elle. Un geste suffit pour que Martha projette l’image de Paul sur ce nouvel homme... Alexander pourra-t-il combler le vide laissé par Paul ? A quoi peut ressembler une nouvelle histoire d’amour après la fin soudaine du grand amour ?...
Notre avis : Tout premier long-métrage du cinéaste allemand Jan Schomburg après une série de courts remarqués, L’amour et rien d’autre a glané un certain nombre de récompenses dans les festivals, notamment pour la remarquable prestation de son actrice principale, l’intense Sandra Hüller. Plus connue en Allemagne comme étant un grand espoir de la scène théâtrale, la jeune femme insuffle à son rôle une personnalité forte et originale qui marque de son empreinte un film par ailleurs déroutant dans son approche psychologique des personnages. Alors que le scénario semble nous convier au premier tiers du film à un drame sur le deuil de l’être aimé, l’auteur opte pour un changement radical en cours de route et préfère suivre pas à pas le retour à la vie d’une jeune femme découvrant tout à coup que son existence entière était fondée sur un mensonge.
Entièrement basé sur l’idée du travestissement de la réalité (les différents protagonistes mentent par omission ou se voilent la face afin de ne pas affronter la dure réalité de l’existence), le long-métrage ose pénétrer dans un entre-deux incertain qui le rend à la fois insaisissable et par-là même enthousiasmant. A la lisière du fantastique (quelle est la part du rêve et du cauchemar dans l’expérience vécue par cette femme ?), le film questionne la notion fondamentale du pouvoir d’autosuggestion de chaque être humain. Quel jeu sommes-nous prêt à jouer pour éviter de se retrouver face à notre propre finitude ? Quels sont les détours sinueux que nous empruntons pour pouvoir toujours nous raccrocher à la vie ?
Sans jamais théoriser son histoire, le réalisateur interroge également le concept même du couple. Jusqu’à quel point connaissons-nous l’autre ? Malgré cette incroyable proximité, l’autre ne demeure-t-il pas un étranger ? Et si c’est un étranger, pourquoi ne pas le retrouver métaphoriquement dans les bras d’un autre ? Toutes ces interrogations passionnantes irriguent ce drame qui secoue tout d’abord par son extrême froideur de ton pour mieux déboucher sur la lumière des dernières minutes, signe d’une paix intérieure enfin retrouvée. Si l’on peut regretter une fin un peu trop abrupte qui nous coupe dans notre élan émotionnel et une tendance à ne pas résoudre tous les conflits internes qui ont été amorcés, L’amour et rien d’autre s’impose sans difficulté comme une belle histoire d’amour au pluriel, baignant dans une atmosphère trouble du meilleur effet.
