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L’arbre aux sabots - la critique + test DVD

La symphonie pastorale

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- Egalement disponible dans le coffret Ermanno Olmi avec L’emploi et Le temps s’est arrêté

PALMES D’OR, CANNES 1978

Une description quasi documentaire du mode de vie paysan à la fin du XIXe siècle, sublimée par le regard d’un cinéaste en état de grâce.

L’argument : Chronique détaillée et minutieuse de l’histoire de cinq familles de métayers vivant dans une ferme lombarde à la fin du XIXe siècle.

Notre avis : Documentariste réputé, Ermanno Olmi a tourné de nombreuses œuvres de fiction dès le début des années 60, avec l’évidente volonté de se servir de son expérience passée pour observer avec attention ses personnages. Il se souvient alors d’une histoire paysanne racontée par sa grand-mère et compte en tirer un film, projet qui mettra plus d’une décennie à se concrétiser par manque de moyens. Ayant acquis une solide réputation dans de nombreux festivals du monde entier, le réalisateur décide au milieu des années 70 d’écrire enfin ce scénario et de financer lui-même le projet, refusé par tous les grands producteurs de l’époque pour la raison qu’il a l’intention de tourner son métrage avec des gens du cru s’exprimant dans la langue vernaculaire de Bergame et non pas en italien. Des choix artistiques indiscutables qui sont autant d’obstacles pour obtenir des financements. Finalement, grâce à la ténacité de l’auteur et à la coopération des villageois, L’arbre aux sabots (1978) finit par voir le jour.
Si le mot chef-d’œuvre est trop souvent galvaudé, il prend tout son sens devant cette magnifique fresque intimiste qui nous décrit par le menu l’existence des petits paysans italiens : du travail des champs aux veillées nocturnes, des croyances et superstitions religieuses à la tétanisante scène d’exécution du cochon, en passant par les cérémonies traditionnelles, rien n’échappe à l’œil expert d’un Ermanno Olmi en phase avec son sujet. Sans jamais tomber dans le misérabilisme ou l’illustration d’un quelconque message politique, il touche du doigt la vérité d’un mode de vie aujourd’hui totalement disparu. Tel un anthropologue, il enregistre le banal quotidien d’une poignée de paysans habitant tous dans la même ferme. Il n’élude pas la misère, les vexations et les inégalités sociales criantes entre les métayers et leurs patrons, mais il s’attarde aussi sur le bonheur qui, parfois, s’immisce dans cette vie pourtant difficile. Le cinéaste n’est jamais aussi bon que lorsqu’il filme des regards d’enfants, des sourires en coin qui en disent plus long que tous les discours du monde. Son naturalisme se teinte même d’une légère pointe de mysticisme lorsqu’il appose la musique de Bach sur des images de personnages se détachant de la ligne d’horizon. Comme en état de grâce, L’arbre aux sabots en oublie même de nous raconter une solide histoire sans que cela nous choque le moins du monde. En symbiose totale avec les images - évoquant les peintures pastorales du XIXe siècle - et la musique, le spectateur se laisse bercer par cet hymne à la vie, contemplatif et bouleversant dans sa simplicité même. Le jury du festival de Cannes ne s’est décidément pas trompé en lui décernant la Palme d’or 1978.

Le DVD

Les suppléments
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L’édition simple ne nous propose qu’une bande-annonce et s’avère donc très décevante au niveau bonus. Il faudra que vous achetiez le coffret Ermanno Olmi - que nous critiquerons très prochainement - pour pouvoir bénéficier d’un entretien de vingt minutes où l’auteur revient en détail sur la genèse du film.

Image & son
La déception est de rigueur au vu de la copie présentée ici puisqu’aucune restauration sérieuse n’a été effectuée : l’image est pourvue d’un grain important et permanent, tandis que les griffures et autres points blancs sont légion. On note même une certaine instabilité lors de quelques séquences, ce qui est vraiment déplorable pour une œuvre si belle sur le plan formel. L’éditeur nous propose deux pistes sonores inégales : la version originale en stéréo est de loin la plus équilibrée car elle permet de profiter des bruits d’ambiance de la ferme, tout en goûtant à la splendide musique de Bach - avec tout de même quelques craquements disgracieux. La version française en mono souffre pour sa part d’une moins bonne spatialisation et d’un son bien plus étriqué et étouffé.

Virgile Dumez




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