L’autre rive

Plongée en eaux troubles

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Le genre de film (délicieux) qu’il faut découvrir sans rien savoir.

L’argument : Deux jeunes frères, Chris et Tim, vivent avec leur père dans le sud des Etats Unis et traînent leur ennui d’adolescents boutonneux. Un jour, surprise : leur oncle Deel leur rend visite après avoir purgé une peine de prison. Pour quelles raisons ? Mystère...

Notre avis : Les cinq premières minutes où deux jeunes adolescents semblent filer l’amour fou sous le regard fâché du papa de la fille dans une Amérique très profonde laissent supposer un succédané du Bully de Larry Clark. Une course-poursuite suffit à nous faire changer d’opinion : le jeune (Jamie Bell, très loin de Billy Elliot) saute du haut d’un toit et s’enfonce un clou rouillé dans le pied. Image perturbante qui poursuit pendant tout le film.
Dans une famille paisible où un père vit seul avec ses deux enfants, surgit le retour inopiné du frère que ledit papa n’a pas revu depuis très longtemps. Ambiance torve, secrets familiaux enfouis qui remontent à la surface, personnages qui font référence aux mythes, silences qui en disent long, malaise étouffant. On devine très vite la nature des événements mais on ne prévoit pas la tournure horrifique que prend ce petit film incroyablement futé qui fait pénétrer l’horreur la plus crue dans un monde agreste et insouciant.
La suite adopte tous les codes du survival (tueur à visage humain, inquiétante étrangeté, environnement hostile...) jusqu’à l’esthétique très 70’s en passant par le message social sous-jacent (d’un côté, l’Amérique des tarés matérialistes ; de l’autre, celle des exclus). On pense à la terreur viscérale de La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 74) traversée par l’ombre de La nuit du chasseur (Charles Laughton, 54) mais l’intrigue aussi ténue que passionnante a finalement moins d’intérêt que l’atmosphère, envoûtante et poisseuse, et la complexité des personnages qui cachent tous un secret. La BO de Philip Glass apporte un contraste saisissant avec la violence des situations et décuple perversement la peur. Là-dessus, le film suit son cours : chaotique, intense, ténébreux... jusqu’au dénouement pessimiste et marquant qui ne fait pas de cadeau. On sort de la projection avec la sensation d’avoir découvert une perle d’un autre temps qu’on aurait eu envie de nous cacher pour de vilaines raisons.

Romain Le Vern




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