Ce conte onirique d’une beauté plastique époustouflante, évoque les meilleurs films d’un autre maître japonais : Kenji Mizoguchi.
L’argument : Vers 1895, dans un petit village japonais, une femme mariée connaît une passion dévorante pour un jeune homme de vingt-six ans plus jeune qu’elle. Les deux amants décident de se débarrasser du mari, mais celui-ci revient les hanter sous la forme d’un fantôme.
Notre avis : Il ne faut pas se méprendre sur le titre français qui fait penser à une suite de L’empire des sens (1976), énorme succès de scandale du cinéaste. Bien sûr, il est aussi question d’un couple dévoré par le désir, les entraînant irrémédiablement vers leur perte. Mais le ton et le style du métrage sont totalement différents. Ici, pas de provocation ni de scène de sexe explicite, rien d’autre qu’une poésie de chaque instant.
Nagisa Oshima a obtenu à Cannes le prix de la mise en scène pour cet opus et on comprend rapidement pourquoi. Chaque plan est d’une beauté touchant au sublime grâce à une photographie très travaillée, tandis que la musique utilisée avec parcimonie permet de mieux souligner l’étrangeté de nombreuses scènes. Mais ce qui marque le plus le spectateur est cette volonté de basculer doucement dans le fantastique et même dans l’onirisme. Les scènes où le spectre sort de la brume pour emporter sa femme meurtrière vers sa nouvelle demeure sont tout bonnement splendides, de même que celle se déroulant au fond du puits.
Les références qui nous viennent immédiatement à l’esprit sont Les contes de la lune vague après la pluie (1953) de Kenji Mizoguchi pour cette imbrication constante entre le monde des morts et celui des vivants, mais aussi Les amants crucifiés (1954) du même cinéaste pour la mise au ban de la société des couples adultères. Autant dire deux chefs-d’œuvre face auxquels le film d’Oshima n’a pas à rougir.
Il est rare de trouver des œuvres qui mêlent à la fois beauté esthétique irréprochable et profondeur thématique. Cet Empire de la passion y parvient haut la main, faisant de cet opus l’un des meilleurs du cinéaste.

Par Norman06
Nécrophile et flamboyant, l’un des meilleurs films japonais des années 70. Superbement photographiée et mise en scène, cette histoire d’amour fou et de vengeance verse dans un onirisme envoûtant, et n’a pas volé son prix de la mise en scène à Cannes.