Année de production : 1959
Le réalisateur du Blob signe un autre film de science-fiction de qualité, porté par un scénario bien écrit et par la prestation d’acteurs dirigés avec talent. Un petit classique, en quelque sorte.
L’argument : Tony Nelson, un scientifique brillant mais irresponsable, met au point un amplificateur permettant à des objets d’entrer dans la 4ème dimension et de traverser d’autres objets. Tony veut présenter sa trouvaille à son frère Scott, qui mène une expérience sur un nouveau matériau impénétrable : la cargonite.

Notre avis : Oublié de la plupart des dictionnaires du cinéma, Irvin S. Yeaworth Jr. (1926-2004) compte pourtant parmi les réalisateurs de séries B les plus talentueux de son époque, et ceci même s’il n’a tourné que quatre longs-métrages, dont trois sont des films de science-fiction. A la mode depuis le début des années 50, le genre a bénéficié de l’apport de jeunes producteurs ambitieux désireux de percer dans le métier à peu de frais. Ce fut le cas de Jack H. Harris qui crée sa maison de production Fairview Productions et engage Yeaworth pour tourner The blob – danger planétaire en 1958. Le film, par ailleurs de très bonne facture, révèle non seulement au grand public Steve McQueen, mais devient aussi très rentable grâce à des ventes dépassant largement la mise de fonds initiale. De quoi remettre le couvert avec une équipe et un budget similaires.

Jack H. Harris soumet donc l’idée d’un scientifique qui découvre le moyen de traverser les murs et qui, grisé par le pouvoir, devient totalement incontrôlable. Sur ce pitch de départ classique, les scénaristes Theodore Simonson et Cy Chermak ont greffé un triangle amoureux entre deux frères et une femme afin de donner des motivations sentimentales au personnage principal. Ainsi, le réalisateur prend le temps d’explorer la psychologie des différents protagonistes avant de faire intervenir tardivement l’argument science-fictionnel, ce qui permet de décupler la force des évènements qui suivent. Alors que la plupart des cinéastes de l’époque se concentraient sur les effets spéciaux et négligeaient la phase d’écriture, Yeaworth privilégie les dialogues et l’ambiance, ne faisant intervenir les effets (par ailleurs datés) qu’à de rares occasions. Que l’on se rassure, l’ennui n’est jamais de mise dans L’homme en 4 dimensions car les personnages sont tous intéressants et sont portés par une interprétation de grande qualité. On retiendra surtout la prestation de Robert Lansing dont ce fut le tout premier rôle au cinéma. Par la suite, l’acteur s’est surtout illustré à la télévision où il a joué dans la plupart des grandes séries cultes des années 60-70. Son jeu intériorisé donne tout son poids au drame vécu par ce scientifique dépassé par sa propre création.

Si Yeaworth connait ses classiques (il cite ostensiblement le Frankenstein de James Whale), il parvient à trouver un ton personnel par l’utilisation plutôt originale d’une musique jazzy en décalage complet avec les images. Pourtant, loin de désamorcer l’angoisse, ce contrepoint apporte une touche personnelle à cette série B limitée par son budget rachitique (on parle de 250 000 dollars seulement), mais toujours efficace un demi-siècle plus tard. Comme quoi rien ne remplace un bon scénario.
Notes : Quand on connait le goût prononcé de David Cronenberg pour les films de SF de cette période, il n’est pas interdit de penser que la fin mélodramatique du film l’a inspiré pour son remake de La mouche, auquel on pense fortement ici.
Le film est disponible en DVD chez Bach Films en double programme :
