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Durée : 1h31mn
Titre original : Alligator
Année de production : 1980
Incapable de créer la moindre tension, cette série B se contente de calquer maladroitement le schéma classique initié par Les dents de la mer. Ce croco manque de mordant.
L’argument : Un crocodile géant grandit dans les égouts de Chicago en se nourrissant de déchets provenant de laboratoires. Il décide un jour de remonter à la surface...
Notre avis : En 1975, le monde entier frémit à l’approche du requin géant des Dents de la mer, tandis que les pontes d’Universal se frottent les mains devant les recettes faramineuses de ce film d’horreur fondé sur une terreur primale : celle de redevenir une proie. Il n’est donc pas étonnant de voir fleurir en cette fin des années 70 un nombre impressionnant de copies plus ou moins déguisées. Les scénaristes et producteurs du monde entier se jettent à corps perdu dans la recherche du nouveau prédateur qui aura pour mission de terrifier les foules. Dans cette catégorie, le crocodile (et sa variante, l’alligator) a inspiré quelques cinéastes venus d’horizons divers. On se remémore le nanar de Sergio Martino intitulé Le grand alligator (1979) ou encore le furieusement Z Crocodile (1978) venu tout droit de Thaïlande. Du côté des Etats-Unis, c’est L’incroyable alligator (1980) qui a tenté de croquer la concurrence.
Souvent utilisé comme script doctor, John Sayles, futur réalisateur de Lone star, rédige ici un scénario où affleurent déjà un certain nombre de thèmes qu’il reprendra plus sérieusement par la suite : il dénonce notamment la pollution industrielle, l’emploi par les scientifiques de cobayes, ainsi que le pouvoir de l’argent. Il se sert donc d’une légende urbaine (des animaux sauvages vivraient dans les égouts des grandes métropoles) pour clamer sa haine envers une société humaine qui ne respecte plus la nature, au nom de l’enrichissement personnel. Voilà pourquoi le spectateur ressent durant la projection une certaine empathie envers le reptile qui termine son copieux repas par les élites d’une multinationale.
Malheureusement, le traitement du sujet n’est aucunement à la hauteur des enjeux politiques effleurés. Sans doute davantage préoccupé par le chèque qui lui a permis de financer son premier film, John Sayles ne fait ici que recycler, en pire, les idées qu’il avait déjà utilisées pour le scénario du Piranhas de Joe Dante.
Le tout est emballé avec une certaine nonchalance par Lewis Teague, transfuge de l’écurie Roger Corman dont c’est la deuxième réalisation après un polar correct intitulé Du rouge pour un truand (1979). A part quelques efficaces séquences d’attaque, il se contente du minimum syndical et oriente même le film vers la comédie. Ainsi, une séquence comme celle de l’attaque du commissariat par un fou transformé en bombe humaine détourne complètement l’attention du spectateur et emporte le long-métrage vers les terres du cinéma bis. Si l’on ajoute à cela un alligator doué du don d’ubiquité (il apparaît dans les égouts, puis visite les quartiers pauvres avant de squatter les piscines pour finir dans un lac) et des acteurs en roue libre (dont un Robert Forster sans charisme), L’incroyable alligator se révèle être un bien piteux spectacle, aussi ennuyeux que maladroit. Lewis Teague récidivera dans la terreur animalière avec bien plus de succès grâce à son excellent Cujo, avant de se consacrer totalement à la télévision durant les années 90-2000.