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L’ultime razzia - la critique

La première razzia de Kubrick

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- Durée : 1h23mn
- Titre original : The killing

Kubrick décortique la préparation méticuleuse d’un braquage voué à l’échec et élabore son style dans son 1er film pour un studio hollywoodien.

L’argument : A peine sorti de prison, Johnny Clay organise un dernier coup : dérober la recette de l’hippodrome. Il élabore un plan et recrute une équipe constituée d’un policier véreux, du caissier et du barman de l’hippodrome. Mais le caissier confie à sa femme le secret de l’entreprise qui se presse de tout révéler à son amant...

Notre avis : Un monde désenchanté. « A quoi bon ? » murmure le personnage principal, tandis que les portes battantes se referment derrière les policiers. Avec ce 3e film de sa carrière de jeune cinéaste, mais aussi sa première collaboration avec le producteur James B. Harris avec qui il réalisera 2 autres films, Kubrick entre de plein pied dans l’univers professionnel du cinéma hollywoodien et y impose ce qui sera sa griffe pour les films à venir. A l’instar de Quand la ville dort de John Huston, dont il s’est inspiré et a engagé l’acteur principal Sterling Hayden, Kubrick explore les codes d’un genre cinématographique, ici le film noir. Mais il ne se contente pas d’utiliser les codes du film de gangster pour décrire la mise en œuvre d’un hold-up. Non, il les dépasse en y injectant sa vision tragique de l’humanité et du dérèglement dû aux imperfections humaines. Pour cela, Kubrick, d’une caméra ironique, multiplie les points de vue, les flash-backs, brisant les repères chronologiques et observe son petit monde comme des rats de laboratoire. La voix off omnisciente commente la mise en œuvre d’un braquage dans ses moindres détails, comme un documentaire.
Tel un grain de sable, ici les minables tentatives du caissier de l’hippodrome pour essayer d’impressionner sa femme, la faiblesse humaine va enrayer le mécanisme parfait du braquage et priver les protagonistes du fruit du hold-up, pourtant soigneusement préparé, dans un final cynique et absurde, inspiré du classique de Huston Le Trésor de la Sierra Madre. Kubrick ne laisse guère planer de doutes sur les chances de réussite comme l’indique le titre original du film : The Killing. Cette vision désenchantée de la condition humaine, allant parfois jusqu’à une froide distanciation vis-à-vis de ses personnages, hantera tous ses films suivants, de Lolita jusqu’à Eyes Wide Shut.
S’il n’est pas un chef d’œuvre à la hauteur des films à venir, L’Ultime razzia impressionne par la virtuose tension de son scénario, la précision de la mise en scène des séquences d’action, au rythme impeccable. Ce que les critiques de l’époque ne manqueront pas de souligner, comparant le jeune Kubrick à un nouvel Orson Welles ! Le film lui permettra de se faire remarquer par Kirk Douglas et ainsi de se lancer dans la réalisation des Sentiers de la Gloire.

Brieuc Magot




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