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La bande à Baader - la critique

Oeil pour oeil, sang pour sang

- Durée : 2h25mn
- Titre original : Der Baader Meinhof Komplex

Cette évocation du terrorisme d’extrême-gauche en RFA bénéficie d’un brillant scénario, malheureusement desservi par une réalisation trop sage et une durée excessive.

L’argument : Dans les années 70, l’Allemagne est la proie d’attentats à la bombe meurtriers. La menace terroriste et la peur de l’ennemi intérieur ébranlent les fondements mêmes d’une démocratie encore fragile. Sous la conduite d’Andreas Baader, Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin, une nouvelle génération radicalisée entre violemment en guerre contre ce qu’ils perçoivent comme le nouveau visage du fascisme : l’impérialisme américain soutenu par les membres de l’establishment allemand, dont certains ont un passé de nazi. Leur objectif est de créer une société plus humaine. Mais en employant des moyens inhumains, en répandant la terreur et en faisant couler le sang, ils perdent leur propre humanité.

Notre avis : Après avoir signé deux oeuvres sordides majeures des années 80 avec son complice Bernd Eichinger (à savoir Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée en 1981 et Dernière sortie pour Brooklyn en 1989), le cinéaste Uli Edel s’est exilé aux Etats-Unis où il s’est compromis dans bon nombre de téléfilms et oeuvres commerciales franchement oubliables (dont le thriller sexy Body avec Madonna ou encore Le petit vampire). De quoi douter de la bonne santé d’un auteur désormais loin de toute ambition artistique. Grâce au renouveau du cinéma allemand et aux différents succès obtenus par le producteur Bernd Eichinger, Uli Edel se voit pourtant offrir la réalisation de ce projet à haut risque qu’est La bande à Baader, tiré du livre de Stefan Aust. Avec un talent certain, les deux hommes ont réussi à compiler plus de dix ans d’activisme du groupe terroriste d’extrême-gauche, sans que le spectateur ne soit perdu. Une véritable performance quand on connaît la complexité de cette période hautement troublée de la RFA.
Visiblement proches de l’idéal révolutionnaire des protagonistes, les auteurs débutent leur oeuvre par une série de manifestations pacifistes qui tournent mal. Les ombres tutélaires de Bloody sunday et du récent Bataille à Seattle planent sur ces vingt premières minutes tétanisantes et diablement efficaces. Malheureusement, Uli Edel ne parvient pas à maintenir cette terrible tension sur près de deux heures et demi, d’autant qu’il est desservi par une réalisation bien trop télévisuelle - et ceci malgré l’ampleur des moyens mis à sa disposition. Edel montre alors que la violence étatique engendre le terrorisme, qui lui-même renforce un peu plus l’Etat policier. Condamnant de manière claire la fameuse loi du talion et toute exaction criminelle, il n’idéalise à aucun moment ses personnages. Ainsi, Andreas Baader est davantage présenté comme un meneur charismatique et anarchiste sans réel message, tandis que la partie idéologique est assurée par la journaliste Ulrike Meinhof.
Mené de main de maître par les meilleurs acteurs actuels du cinéma allemand, La bande à Baader bénéficie d’un beau casting féminin : Martina Gedeck joue à la perfection l’ambiguïté de Meinhof, tandis que Johanna Wokalek est un véritable bloc de haine, toujours à la lisière de l’hystérie. Finalement, Moritz Bleibtreu est davantage en retrait, malgré son rôle central de chef de bande. Instructive et bien menée, cette évocation sans fard du terrorisme et de ses conséquences néfastes souffre donc d’une réalisation trop lisse et d’une durée excessive. Dommage car on est passé à côté d’une oeuvre majeure.

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Virgile Dumez

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