Sortie DVD & blu-ray : le 5 juin 2012
L’ultime collaboration du duo Michael Powell et Emeric Pressburger... un film de guerre aux propos historiques et politiques pertinents, emporté par de superbes images navales.
L’argument : Le cuirassé allemand Graf Von Spee navigue dans les eaux de l’Atlantique Sud et coule tout les navires alliés qui croisent sa route. Les services secrets britanniques organisent la riposte. C’est ainsi que va débuter la bataille du Rio de la Plata.
Notre avis : En perte de vitesse au milieu des années 50 après la magnificence de leur oeuvre des années 40 (Une question de vie et de mort, Les chaussons rouges), les artistes Michael Powell et Emeric Pressburger s’associaient une dernière fois avec La bataille du Rio de la Plata, qu’ils co-réalisèrent au coeur de leur maison de production The Archers. Ils s’attaquaient alors à un genre très en vogue dans les années 50, en Europe comme aux USA, le film de guerre post 45, qui surfait sur la nécessité des peuples d’exprimer un sentiment de patriotisme et de catharsis via le divertissement collectif. Avec le recul d’une dizaine d’années après la fin du conflit mondial, le monde pouvait se replonger dans les heures sombres de l’histoire contemporaine, en livrant des spectacles axés sur la détermination des Alliés.
Dans cette mise en scène de la première bataille navale de la seconde guerre mondiale, en Atlantique Sud (un plus pour l’exotisme), le duo met en scène avec une volonté de réalisme historique évident un moment symbolique de la guerre où l’Allemagne belliqueuse venait se confronter à la suprématie nautique de l’empire de Sa Majesté, attaquée par le cuirassé allemand Graf Von Spee. Contrairement à la production dominante de l’époque, Powell et Pressburger ne sont pas là pour exalter le manichéisme, érigeant le portrait humble du capitaine allemand joué par Peter Finch, un homme d’honneur qui ne ressemble en rien au stéréotype nazi froid répandu en ce temps.
L’action est impressionnante de bravoure et d’ampleur dans un nouveau format panoramique, la VistaVision qui seyait bien aux ambitions visuelles toujours démesurées des réalisateurs du Narcisse Noir. Elle est accompagnée d’une bonne remise en contexte du climat politique, avec des scènes plus intimistes, où le gros plan n’est pourtant pas de mise. Les artistes filment large pour se caler aux proportions épiques de la nouvelle caméra.
Si l’on peut éprouver un certain ennui dans la retranscription d’un volet de l’Histoire où aucun protagoniste ne parvient à voler la vedette, on admettra aisément la beauté du métrage, certes, en retrait par rapport à Une question de vie ou de mort ou Les Chaussons Rouges, mais supérieure à l’offre hollywoodienne de l’époque. Les deux réalisateurs n’ont pas leur pareil pour ériger la prestance du cuirassé sur les flots et filmer les batailles navales. C’est d’autant plus frappant que le traitement de restauration est remarquable, rendant justice à la portée visionnaire de leur cinéma. Une curiosité aujourd’hui qui fut en 1957 saluée par plus d’1.179.000 spectateurs en France. Pas mal du tout.

Le blu-ray
Les suppléments :
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On apprécie beaucoup le documentaire d’une trentaine de minutes qui revient sur la place de ce métrage dans l’impressionnante filmographie de Powell et Pressburger, alors balbutiante. Un module passionnant pour les cinéphiles. Les 7mn consacrées à la restauration comparent façon pub de lessive, l’avant et l’après le lavage. La différence est frappante, mais, sans commentaires, c’est un peu barbant.
L’image :
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Elle est resplendissante, offrant toute la beauté argentique du cinéma de l’époque, redorant le blason esthétique d’un cinéma qui voyait très large. A part quelques plans plus obscurs vraiment très rares, un brin parasités par le bruit, l’ensemble est d’une propreté foudroyante. La luminosité relevée et le contraste appuyé donnent une force incroyable aux séquences navales et une nouvelle jeunesse aux majestueux cuirassés qui nous impressionnent bien plus ici que dans les pitreries américaines récentes (Battleship, cela ne vous rappelle rien ?).
Le son :
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Le mono relevé (VO et VF) ne souffre pas vraiment d’étouffement des voix et participe au ravalement de façade impeccable.