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La clepsydre - la critique

La démesure du génie

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Un chef-d’œuvre absolu. Un trip visuel d’une flamboyance et d’une exubérance incroyables qui redéfinit le sens du mot grandiose au cinéma.

L’argument : Un homme débarque d’un train fantôme, au milieu de nulle part, pour rejoindre son père interné dans un sanatorium. Il découvre un gigantesque bâtiment quasi abandonné où la vie et la mort se côtoient dans les couloirs du temps. Commence alors pour lui l’ultime voyage, celui qui le livrera aux griffes de la fatalité.

Notre avis : Wojcieh Has, avant d’être injustement effacé de la mémoire collective occidentale, a été un maître polonais dont chaque film était attendu par un public d’aficionados nourri à ses délires dont le plus célèbre demeure Le manuscrit trouvé à Saragosse (1965). Un succès aussi mérité qu’usurpé quand on découvre ce qui est probablement sa plus grande œuvre, La clepsydre, prix spécial du Jury à Cannes en 1973.
Puisant initialement son inspiration dans le naturalisme, le cinéaste s’est vite libéré du joug du réalisme pour virer dans l’onirisme. Après l’enchâssement de récits picaresque du Manuscrit, Has transforma en 1970 La poupée, un classique de la littérature polonaise à la Zola, en fable poético-onirique. Ce film annonçait alors un glissement vers une abstraction qui allait atteindre un paroxysme avec La clepsydre, pierre angulaire de sa filmographie, pour laquelle il bénéficia alors du plus grand budget de l’histoire du cinéma polonais. Un pont d’or qui lui permit de concrétiser un projet sans précédant dans l’histoire du septième art - un délirant voyage à travers le passé, le présent, l’avenir, la vie et la mort, le cinéma et la littérature, la réalité et le rêve - une arborescence d’histoires se mêlant au sacré et à l’histoire torturée de la Pologne.
Adaptation monumentale de plusieurs nouvelles de Bruno Schulz regroupées sous le titre du Croque-mort au sanatorium, La clepsydre est une œuvre d’une complexité fascinante qui ne se laisse jamais dompter par l’esprit rationnel. Gagnant au revisionnage littéraire ou à la relecture cinématographique, elle peut rebuter par son caractère abscons ou, au contraire, éblouir l’amateur d’artefact pelliculaire, car cette œuvre est avant tout un objet d’art, prodigieux dans son foisonnement de décors grandioses et monumentaux (la fin du film restera, dans beaucoup d’esprits, à jamais gravée comme l’une des plus belles jamais tournées), et dans ses galeries de natures mortes fouillées et tarabiscotées. Un joyau qui s’inscrit dans l’unicité. Placé sous le signe du morbide, le film de Wojciech Has nous renvoie à notre mortalité avec une mélancolie douloureuse et absolument bouleversante, soulignée par une musique somptueuse, malheureusement indisponible en CD. Les affiches cinéma polonaise et française, signées par l’un des maîtres de l’illustration polonaise, Starowieyski, donnent un bel aperçu de ce que ce long métrage peut offrir aux spectateurs qui ne redoutent pas l’hermétisme. Les adeptes de Béla Tarr ou d’Andrei Tarkovski apprécieront. On retrouve chez ces trois auteurs des réflexions métaphysiques servies par des réalisations virtuoses où les décors et l’esthétisme participent à la même émotion intellectuelle. Si Tarkovski est toujours à la mode et le talent de Béla Tarr enfin reconnu, il est désolant de constater que Wojcieh Has, qui fut peu actif après La clespydre, jusqu’à sa mort à la fin des années 90, soit aussi méconnu du public contemporain français pourtant généreux et curieux.
Culte et longtemps indisponible, voire invisible de par chez nous, le film a connu les honneurs d’une reprise récente en salle et surtout d’un DVD édité par Malavida. Si l’édition ne propose pas une copie qui rend réellement hommage au génie visuel d’Has, elle a au moins le mérite d’exister, puisqu’il s’agit de la toute première édition internationale du film, qui est introuvable à l’étranger. Elle contient de surcroît un court métrage du maître qui en rend l’achat indispensable.
Reprise en salle le 1er août 2012.

Frédéric Mignard


Biographie

Wojciech J. Has, le génie baroque

Un cinéaste à l’œuvre cohérente, profonde et d’une beauté esthétique flamboyante.

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