La Colonne

La Colonne - Tome 1, Un Esprit Blanc - La critique BD

Le 06/09/2013

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Une BD efficace qui revient sur un épisode oublié de la colonisation.

Résumé : Cette bande dessinée propose de raconter librement un épisode méconnu de l’histoire à savoir l’ultime expédition française au Tchad en 1899. Un parcours semé d’embûches et de cadavres.

Ce voyage, dirigé par le capitaine Voulet (rebaptisé Boulet) et le lieutenant Chanoine (devenu Lemoine) se déroulait dans un contexte de concurrence coloniale entre pays européens. Il visait à former une colonne d’artilleurs depuis le Sénégal. S’engage alors une expédition où les moyens manquent et où le pire peut se produire à chaque village.

Notre avis : Cet album convainc d’emblée par le sujet qu’il propose ; découvrir un fait de l’histoire que l’école ne nous apprend pas. Et pour cause, c’est une histoire sanglante qui nous est mise devant les yeux, et la cruauté humaine n’y manque pas. D’ailleurs, les premières pages posent le ton avec des vautours prêts à se disputer un cadavre chaud.

Le sujet de cette bande dessinée est donc la colonisation, la vraie c’est-à-dire celle où ses véritables enjeux sont mis en avant : la concurrence entre les puissances européennes et aussi leur cupidité. Il n’est donc pas question ici de visée humaniste, un enjeu à peine frôlé ici ou là par les "blancs". Au contraire ce qui est en jeu dans cette colonisation c’est la volonté de puissance qu’incarnent Boulet et Lemoine. Lemoine dont la froideur et le calme cachent une cruauté intrinsèque tandis que Boulet, une caricature à lui tout seul avec son physique atypique et sa grande nervosité, représente cette volonté de puissance et de domination. A la base du colonialisme se retrouvent également des présupposés racistes.

Pour autant, les deux auteurs savent combiner le ton tragique de l’histoire avec un aspect plus comique. Un comique qui réside dans le ridicule de Boulet mais aussi dans le regard des colonisés qui ne comprennent pas très bien l’agitation de ces "hommes blancs". Un ton parfois léger donc, mais qui ne cache pas les horreurs commises de part et d’autres : par les colonisateurs mais aussi par les "noirs" qu’ils ont embrigadé. Cet album ne tait donc aucune des horreurs commises durant cet événement de l’histoire : massacres, viols, débauche, esclavage...

L’efficacité de ce récit provient aussi de son style. On apprend dès les premières pages que les deux meneurs de la colonne sont morts. Ce qui est raconté c’est donc l’histoire de cette colonne, depuis ses prémices à Paris jusqu’à son inévitable condamnation en terres africaines. Une manière de montrer ce refus du colonialisme de s’effacer alors que sa cause est perdue d’avance. L’histoire de cette colonne c’est donc aussi celle d’un retour de bâton couru d’avance.

La narration, quant à elle, est assurée par Souley, un noir qui s’est engagé dans l’armée coloniale française afin de s’élever dans la hiérarchie sociale, et un esprit blanc, l’incarnation de la colonne. Cette discussion teintée d’humour est crue et les deux personnages ne s’épargnent rien. Une manière de prouver que la culpabilité ne demeure pas uniquement dans le camp des blancs mais que tous sont coupables d’une manière ou d’une autre.

Au niveau graphique, l’histoire est grandement aidée par des images en couleurs directes au style réaliste ; une façon d’augmenter leur force d’évocation. Mais, le trait est aussi propre à l’exagération afin de mieux montrer la débauche des protagonistes et garantir l’aspect comique de l’œuvre.

En définitive, un premier tome d’une grande qualité qui montre certaines horreurs commises sous le nom du drapeau français sans pour autant s’épargner quelques pointes d’humour. Cette colonne a semé la mort et a causé les pires exactions et cet album propose de nous le faire découvrir.

Romain DELANNOY



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