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La controverse de Valladolid - la critique

Les Indiens ont-ils une âme ?

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Un téléfilm indispensable qui s’appuie sur un texte savoureux et la puissance d’incarnation d’un trio d’acteurs remarquable.

L’argument : Les Indiens du Nouveau Monde ont-ils une âme ? Tel est l’objet du débat public qui oppose en 1550, à Valladolid, capitale de l’Espagne, le chanoine Sepulveda et le dominicain Las Casas.

Notre avis : Afin de commémorer en 1992 les 500 ans de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, les responsables de la fiction sur France 3 ont commandé à Jean-Claude Carrière un sujet de téléfilm lié à cet évènement fondamental de l’histoire de l’humanité. Limité par un budget extrêmement réduit, l’écrivain s’empare d’un évènement historique largement postérieur à la découverte du continent américain, mais qui lui est intimement lié, à savoir la fameuse controverse de Valladolid qui a vu s’affronter en 1550 les partisans de la colonisation brutale des nouvelles Indes et ceux qui cherchent au contraire à faire reconnaître le droit des Amérindiens au respect. D’un côté, le dominicain Bartolomé de Las Casas prend la défense des Indiens en les présentant comme un peuple pacifique exterminé par la cupidité et l’avidité des Espagnols, de l’autre, le philosophe Sepulveda met en avant la thèse d’une guerre juste qui exonère les Espagnols de tout respect envers une population née pour être asservie. Si Jean-Claude Carrière synthétise ici plusieurs mois de débats en seulement deux journées, il prend également de réelles libertés avec la vérité historique afin de mieux restituer la pensée des hommes de l’époque. Il situe notamment le débat principal de la controverse sur le sujet de l’âme des Indiens, alors que le véritable objet de la dispute portait sur les méthodes employées par les colons pour exploiter un espace conquis par les armes. Dès lors, Jean-Claude Carrière ne fait ici pas tant œuvre d’historien que de conteur talentueux permettant au spectateur d’aujourd’hui de saisir en une heure et demie les enjeux moraux qui traversent la chrétienté durant ce 16ème siècle troublé par les Réformes protestantes.
Parfaitement renseigné sur les idées de l’époque et les usages de l’Eglise, l’auteur ne trahit jamais la pensée de ces hommes de foi et ne se place jamais dans la position d’un moralisateur. Il présente avec autant de force les thèses de Las Casas, forcément plus proches de notre mode de pensée contemporain, que celles de Sepulveda, brillant représentant d’un art scolastique teinté d’humanisme. L’affrontement entre ces deux personnalités totalement opposées (l’un est plus émotif et l’autre cérébral) donne lieu à des joutes verbales d’autant plus jubilatoires qu’elles sont portées par des acteurs au sommet de leur talent. Révélant une fois de plus une profondeur de jeu incroyable, Jean-Pierre Marielle incarne avec une folle conviction Las Casas, tandis que Jean-Louis Trintignant donne sa force tranquille à un Sepulveda bien plus intéressé par la logique de sa démonstration que par la véracité de son discours. Au milieu, Jean Carmet apporte une nonchalance bienvenue au personnage du légat du pape dont il fait un homme malléable et finalement assez simple. Le téléaste Jean-Daniel Verhaeghe a l’excellente idée de s’effacer devant la puissance du texte de Jean-Claude Carrière et la force d’incarnation de ses acteurs. Il signe une réalisation sobre qui sait aller à l’essentiel. Lorsque la fin de la dispute laisse entrevoir la réalité du commerce triangulaire, l’ironie mordante du texte de Carrière ne peut que ravir l’amateur d’histoire. L’air de rien, ce court téléfilm brasse un nombre conséquent de thèmes fondamentaux sur le rapport à autrui qui sont malheureusement encore d’actualité.

Virgile Dumez


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