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La couleur du mensonge

Les désaxés

- Durée : 1h48mn
- Titre original : The human stain
- Regards croisés : La tache, le roman de Philip Roth

Hopkins et Kidman, remarquables dans leur confrontation, sauvent une adaptation malheureusement académique.

L’argument : Accusé abusivement d’avoir tenu des propos racistes envers deux étudiants, Coleman Silk, brillant professeur de lettres, refuse de se défendre et démissionne brutalement de son université. Décidé à dénoncer les dérives du "politiquement correct", il approche un écrivain de talent afin de le convaincre d’écrire son histoire. Alors qu’ils deviennent amis, ce dernier va assister à la naissance et l’évolution d’une relation passionnelle et suicidaire du professeur avec Faunia, une jeune femme à la dérive.

Notre avis : Lorsqu’un réalisateur décide d’adapter une œuvre aussi dense que La tache de Philip Roth, une des sensations littéraires de l’année dernière (Pulitzer 2003 et, en France, prix Médicis étranger), il sait qu’il va devoir se concentrer autour de certains aspects de l’histoire, au risque de négliger les autres et de dénaturer le roman. La critique au vitriol de la société américaine est ici réduite au destin, aussi édifiant soit-il, d’un homme. La tache, allusion à celle trouvée sur la robe de Monica Levinsky, devient La couleur du mensonge, une version cinématographique beaucoup moins subversive que l’original.
En se concentrant sur la relation qui se noue entre Coleman et Faunia, Robert Benton choisit de simplement esquisser leur entourage, pourtant déterminant dans le propos de Roth. Le vétéran Lester Farley, les parents et les frères et sœurs de Coleman sont à peine évoqués alors qu’ils constituent les pièces clés de l’intrigue. Quant aux enfants Silk, ils ne sont même pas mentionnés. Coleman et Faunia apparaissent alors comme des électrons libres, débarrassés des contraintes de la société, ce qu’ils ne sont pas du tout en réalité.
Robert Benton s’en tire malgré tout avec les honneurs. Il parvient à créer une atmosphère singulière, à la fois provinciale et hors du temps, baignée par les couleurs froides du nord. La distribution est également irréprochable, et deux des plus grands interprètes hollywoodiens du moment, Anthony Hopkins et Nicole Kidman, tous deux remarquables, trouvent un rôle à leur démesure. Leur confrontation ne manquera pas de séduire ceux qui n’ont pas lu le livre de Roth et les incitera, ce qui serait déjà formidable, à se pencher sur le roman. Les autres risquent de n’y voir qu’une version tronquée et frustrante de l’histoire de Coleman, Faunia et Lester.

Sophie Lecerf

Biographie

Robert Benton : good company

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