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La dernière maison sur la gauche - la critique + test DVD

Par effraction

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- Durée : 1h21mn
- Titre original : The last house on the left

Ce premier film de Wes Craven réussit à glacer encore le sang malgré un total amateurisme en matière de réalisation et quelques énormes fautes de goût. Extrême.

L’argument : Pour fêter son dix-septième anniversaire, Mari, accompagnée d’une amie, décide de se procurer de la marijuana. Lorsqu’un jeune marginal, Junior, se propose de leur en procurer, elles acceptent, ne se doutant pas que le dealer fait partie d’une bande de sadiques meurtriers emmenés par le terrifiant Krug. Leur calvaire va bientôt commencer.

Notre avis : Alors qu’ils cherchent à percer dans le domaine cinématographique, les deux débutants Sean S. Cunningham (futur réalisateur de Vendredi 13) et Wes Craven (plus tard créateur inspiré de Freddy et de la saga Scream) décident de se lancer dans la confection d’un long métrage librement inspiré du chef d’oeuvre de Bergman intitulé La source. Reprenant la trame générale de ce cruel métrage du maître suédois, les deux compères profitent du relachement de la censure dans les années 70 pour signer une oeuvre jusqu’au-boutiste où rien n’est épargné aux spectateur-voyeur. Avec seulement 90 000 dollars en poche, ils s’arrangent pour transformer l’extrême modestie de leurs moyens en un avantage : tourné à froid comme un documentaire, ce Rape and revenge bénéficie d’une ambiance glaciale qui met très rapidement mal à l’aise. Interprété avec un certain talent par des acteurs très impliqués, La dernière maison sur la gauche laisse une empreinte indélébile dans l’esprit des cinéphiles par son aspect frondeur et sa description sans concession d’une violence jamais iconisée, ceci malgré ses nombreuses maladresses.
Ainsi, certaines séquences humoristiques viennent nous rappeler à quel point Wes Craven néglige parfois la cohérence de ses oeuvres. Parfois drôle involontairement à cause de la pitoyable partition musicale de David Hess - très bon par ailleurs en tueur fou - le film sait émouvoir lors de la terrible scène du viol, portée par le seul beau morceau de la bande originale, en total contrepoint par rapport à la crudité des images. Le procédé sera repris quelques années plus tard par Ruggero Deodato dans son impitoyable Cannibal holocaust. Malgré la médiocrité des images, les erreurs de mise en scène et quelques passages nullissimes, La dernière maison sur la gauche reste un exceptionnel exemple de la radicalité du cinéma underground des années 70 au point d’avoir connu un succès providentiel et d’avoir influencé des auteurs tels que Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse en 1974). Qui osait alors montrer une femme en train d’arracher un phallus avec ses dents ou encore un combat final avec une tronçonneuse ? Personne. Loin d’être un chef d’oeuvre, ce métrage choc étonne encore de nos jours et retourne parfois le coeur avec une force peu commune.


Le DVD
Une édition idéale qui efface les précédentes tentatives éditoriales fort peu concluantes.

Les suppléments

La première galette nous invite à suivre un très agréable commentaire audio de Wes Craven et Sean Cunningham où les deux compères reviennent avec humour et bonne humeur sur leur première expérience cinématographique en ne cachant rien de leur amateurisme en matière de réalisation. Le documentaire Le crime qui a changé le cinéma décrit tout le processus créatif de cette oeuvre en interrogeant les principaux protagonistes trente ans plus tard : entre fierté et malaise, on sent que cette expérience extrême n’a laissé personne indifférent. Ce passionnant module est accompagné d’une autre interview de Sean Cunningham qui fait quelque peu doublon. L’ensemble est toutefois vraiment passionnant.
Le second disque est moins abouti avec la présence d’une version censurée du film, un module sur David Hess qui explique comment il a conçu la musique du métrage (à noter qu’il n’évoque que la chanson du viol, unique perle d’un ensemble musical fort médiocre). Un documentaire anglais revient sur la censure et l’interdiction de Last house en Angleterre jusqu’en 2000. Vingt-cinq minutes de prises alternatives muettes nous sont également proposées, afin que le spectateur se rende compte de tous les éléments gore que les cinéastes ont volontairement éliminés du montage final. Un court-métrage muet de Wes Craven - totalement nul au passage - ne relève guère le niveau. Enfin, une galerie de photos comprend les affiches américaine et étrangère du film, tandis que la bande-annonce et la filmographie du cinéaste complètent un programme particulièrement bien fourni, bien qu’inégal.

Image & son

La restauration est de bonne qualité car elle respecte la médiocrité des images d’origine, tournées d’abord en 16mm avant d’être gonflées en 35 pour le cinéma. Ne vous acharnez donc pas sur l’éditeur qui livre la meilleure copie possible d’une oeuvre à la limite de l’amateurisme. Les deux pistes sonores anglaise et française ne sont qu’en mono. Là encore, le choix est plutôt judicieux car l’ensemble est finalement bien plus efficace qu’un remixage 5.1 artificiel qui serait même en complet décalage par rapport au projet initial des auteurs.

Virgile Dumez